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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/749

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d’échange qui n’est vraiment apprécié que par ceux qui font profession de changeurs. L’introduction en Alsace-Lorraine de cette législation monétaire a eu pour double conséquence de renchérir de 20 pour 100, par la substitution du mark au franc, le prix de tous les objets qui se paient en menue monnaie et de faire perdre annuellement à la production 1 pour 100 de ses légitimes et médiocres profits, par suite des faux frais qu’entraînent les opérations du change pour le paiement des matières premières et des marchandises achetées ou vendues à l’étranger. Rien que l’industrie cotonnière de la Haute-Alsace subit de ce chef une perte sèche annuelle d’environ 8 millions de francs. Qu’on calcule, d’après cette donnée, à quel prix auront été obtenus les 30 ou 40 millions de marks portés en recettes au budget de l’empire comme profit réalisé sur la fabrication des monnaies d’or ! — La nouvelle législation douanière, inspirée par des considérations purement fiscales et qui, en ces matières délicates sur lesquelles partout ailleurs on ne se décide qu’avec prudence, a si prestement rejeté l’Allemagne d’un régime de libre échange pour lequel elle n’était pas mûre, dans un système protectionniste improvisé et mal conçu, n’aura pas de meilleurs résultats, ni pour l’empire, ni pour les particuliers. Les nouveaux tarifs, trop faibles pour assurer au producteur une protection efficace, trop élevés pour permettre, dans le commerce de détail, le maintien des anciens prix, n’aboutiront en définitive, comme on s’en aperçoit déjà après une bien courte expérience, qu’à augmenter les bénéfices des intermédiaires, renchérir les articles de première nécessité, encourager la falsification des denrées et pousser au développement de la contrebande, sans donner à l’état un accroissement de ressources proportionnées à l’augmentation des frais de perception et de garde de la ligne douanière. Quand il s’est agi, il y a quelques mois, de déterminer le tarif d’importation des filés de coton, l’industrie alsacienne, libre-échangiste par tendance, demandait qu’au moment où, par une brusque évolution, la politique commerciale allemande se faisait protectionniste, il fût pris au moins des mesures propres à compenser pour les fabricans les entraves qui allaient lui être imposées dans l’intérêt du fisc. Elle voulait que la porte fût ouverte ou fermée ; on l’a laissée entr’ouverte, de telle sorte que la concurrence anglaise, la seule vraiment redoutable pour l’industrie alsacienne qui lutte de perfection avec elle, pourra continuer à envahir librement de ses filés fins le marché allemand et rendre la lutte impossible, car les charges qui pèsent sur la production en Allemagne ne cessent de s’accroître en raison inverse des bénéfices. Et pourtant le marché allemand, même exclusivement réservé à