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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/722

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gleterre à une alliance plus ou moins hostile à la France, le peuple anglais protesterait. Toute désireuse que soit l’Angleterre de maintenir la paix de l’Europe, elle ne voudrait pas un instant songer à une alliance indiquant méfiance ou hostilité contre la grande république française. » Rien de mieux, et on doit certes savoir gré au chef du parti libéral anglais des dispositions sympathiques qu’il a témoignées pour la France. Ce qu’il y a en tout cela de visible et de caractéristique, c’est que par une sorte de force des choses, les élections finissent par se faire presque exclusivement sur la question de politique extérieure, et par une conséquence toute naturelle, les élections anglaises deviennent une affaire européenne. Elles prennent une importance sensible dans l’ensemble de la situation du continent. De toutes parts, en effet, à Vienne comme à Berlin, à Rome comme à Saint-Pétersbourg, on suit avec une attention particulière ce mouvement, comme s’il devait avoir une influence décisive sur la marche des choses. A Vienne et à Berlin, on fait des vœux pour le succès de lord Beaconsfield, et c’est tout simple, puisqu’au congrès de Berlin lord Beaconsfield a été un des plus énergiques promoteurs d’une politique qui a conduit à l’alliance austroallemande. La Russie, sans avoir de grandes illusions, verrait incontestablement avec satisfaction la défaite du ministère anglais. A Rome, il paraît y avoir un sentiment indéfinissable, comme un désir secret de l’insuccès du cabinet tory. La France reste la nation la plus désintéressée dans ses jugemens. Par ses instincts, elle inclinerait peut-être plus volontiers vers les libéraux, quoiqu’elle ait gardé de leur règne un assez triste souvenir; d’un autre côté, elle voit sans ombrage s’exercer cette influence britannique que lord Beaconsfield a si fièrement relevée. Au fond, dans tous ces sentimens divers qu’excitent les élections anglaises, il y a sans doute beaucoup de mirage. On s’exagère un peu les conséquences de ce scrutin qui va s’ouvrir. La situation n’est plus ce qu’elle était il y a quelques années. Il est certain que le parti libéral, arrivât-il aujourd’hui au pouvoir, n’abandonnerait plus quelques-uns des résultats obtenus par le cabinet tory, et le langage de lord Hartington laisse assez voir qu’il a profité d’une expérience dont il a souffert dans son autorité. Lord Beaconsfield, de son côté, s’il a la victoire, comme c’est vraisemblable, li’a sûrement pas l’intention qu’on lui suppose d’entrer dans l’alliance austro-allemande. Il a prononcé un grand mot en disant que <( la paix dépend de la présence, pour ne pas dire de l’ascendant de l’Angleterre dans les conseils de l’Europe. » Pratiquement, l’Angleterre ne pourrait, sans déroger à toutes ses traditions, sans se lier audelà de tous ses intérêts, s’engager dans une de ces « alliances exclusives et spéciales » dont parlait lord Hartington. Il y a une limite que lord Beaconsfield ne franchira pas, et la victoire que peut lui donner le scrutin ne change pas essentiellement la situation pour l’Angleterre non plus que pour l’Europe,