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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/717

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est plus grande et plus solide qu’on ne la représente ; elle n’est pas à la merci de l’existence de quelques maisons religieuses, elle est assez forte pour supporter toutes les libertés régulières.

Encore si l’on était désarmé contre les membres des congrégations ! mais, en vérité, est-ce qu’on n’a pas contre eux toutes les lois possibles de droit commun, lois civiles, lois de l’enseignement, lois de police, lois fiscales, etc. ? Ouest la nécessité de recourir à des mesures d’exception, d’aller chercher des lois enfouies dans l’arsenal des répressions de tous les régimes ? On ne s’aperçoit pas ici qu’on résout la question par la question, et les derniers décrets ne tranchent rien. Les libéraux disent, et ils ont raison de dire à tous ces juristes républicains, héritiers empressés des traditions de l’empire : Vos « lois existantes » n’existent plus que de nom, elles ont été emportées dans le torrent des choses, dans le mouvement du progrès universel ; elles ont été remplacées par le droit commun, qui est la sauvegarde et le frein de tout le monde ! — A cela les décrets répondent en visant les « lois existantes, » en menaçant de Tapplication des « lois en vigueur. » Et après ? Que fera-t-on si les congrégations ne demandent pas l’autorisation qu’on prétend leur imposer ? Comment atteindra-t-on des hommes qui n’ont entre eux qu’un lien religieux, qui ne réclament pas les bénéfices particuliers de la vie collective, qui n’auront Commis aucun acte contraire aux lois ? C’est là toujours le point délicat. On a cru se prémunir contre un danger, et on a suscité un autre danger bien plus grave, celui d’une politique d’inquisition, d’arbitraire, conduisant à d’inévitables violences. M. le président du conseil ne l’entend pas ainsi, et la modération de son esprit reste la dernière garantie d’une situation plus que jamais difficile. Qu’il n’hésite pas à opposer sa fermeté à ce mouvement malheureux dans lequel on cherche à l’envelopper. Il ne peut mieux servir la république, qui, pour sa durée et pour son honneur, n’est point certes intéressée à être confondue avec des systèmes de persécution et de violence.

Ce n’est pas seulement en France au surplus que la politique est incertaine et troublée. L’incertitude est pour le moment, depuis des années et probablement pour des années, le mal de l’Europe. On dirait que, dans cette étrange carrière où les nations sont engagées aujourd’hui, il y a au bout de tout un grand inconnu qu’on ne réussit pas à déchiffrer. A défaut de faits précis et positifs, il y a des relations mal réglées et mal garanties, des froissemens, des discordances, des antagonismes mal déguisés, une confusion assez générale, où les moindres incidens peuvent prendre de l’importance, où toutes les combinaisons semblent possibles par cette unique raison que rien n’est impossible. Est-ce qu’on n’entend pas parler chaque matin de quelque évolution extraordinaire de diplomatie, de nouveaux déplacemens d’alliances, d’événemens plus ou moins imminens ? Est-ce qu’on en a jamais fini