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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/483

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sions intérieures de ces derniers jours ont eu pour résultat de faire oublier un moment ou d’atténuer les préoccupations nées d’un certain nombre de circonstances extérieures exagérées par l’imagination des nouvellistes, par les correspondances retentissantes, par les commentaires de tous ceux qui se plaisent à prédire pour chaque printemps de nouveaux conflits. Assurément l’état de l’Europe reste assez précaire, les antagonismes des peuples sont assez intenses, les rapports des gouvernemens sont assez difficiles pour que des complications soient toujours possibles. L’Europe, on peut le dire d’une manière générale, au point de vue international comme au point de vue intérieur pour chaque pays, l’Europe vit à la faveur de trêves successives encore plus que sous la protection d’une paix puissamment et invariablement garantie. C’est la paix dans la confusion des rapports : c’est une situation qui ne date pas d’hier, qui n’est pas probablement destinée à changer de sitôt, et qui est certainement faite pour être suivie avec vigilance. Ce n’est cependant pas une raison de croire tout compromis chaque matin parce qu’il surgira un incident imprévu, peut-être même quelque difficulté, parce que le prince Hohenlohe, au lieu de rester ambassadeur d’Allemagne à Paris, va occuper un poste éminent à la chancellerie de Berlin ou parce qu’une question délicate d’extradition s’élève entre la Russie et la France.

C’est au milieu des diversions parlementaires nées de la discussion du trop fameux article 7 que le gouvernement français a eu à s’occuper de cette dernière question de l’extradition d’un sujet russe réclamé par le cabinet de Saint-Pétersbourg, et il a conduit cette affaire, il faut le dire, avec une parfaite modération. Sans être lié par des traités formels, il ne pouvait cependant décliner l’autorité des principes généraux reconnus par la plupart des nations civilisées, par notre pays lui-même en matière d’extradition. Il avait certes un problème délicat à résoudre : il avait à trouver l’exacte mesure de ce qu’il pouvait, de ce qu’il devait pour faire honneur à des relations d’amitié avec la Russie, sans déroger à des droits, à des traditions, à des convenances qu’aucun état indépendant ne peut oublier, il a procédé sans précipitation, sans parti-pris, et c’est après avoir tout pesé, après avoir provoqué l’examen juridique des chefs des parquets de Paris, c’est après tout cela qu’il s’est décidé. Il a cru devoir refuser l’extradition, non par une raison de principe absolu, mais parce que « l’identité de l’inculpé et sa participation aux faits qui lui sont reprochés n’étaient pas établis. » En même temps le prisonnier a dû quitter la France, il s’est rendu en Angleterre. Aucun des précédons invoqués ou cités ne pouvait avoir ici une autorité décisive, ni le précédent de ce Français soupçonné d’attentat, dont l’extradition était demandée à la Belgique en 1854, ni celui de ce complice d’Orsini jugé et acquitté à Londres en 1858. Dans ce dernier cas, il n’y avait eu aucune demande d’extradition, et les difficultés qui s’élevaient