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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 38.djvu/239

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sitaire qu’il va diriger le poût de l’étude sévère et féconde. De tels clioix valent mieux que des lois hasardeuses qui ne font que diviser et troubler le pays.

Si la France était seule au monde, elle pourrait peut-être encore, au risque de paraître oublieuse de ses infortunes, se permettre quelques fantaisies, quelques vaines expériences de plus dans ses affaires intérieures ; mais ce qu’il no faut pas se lasser de redire, ce que les circonstances se chargeraient de rappeler au ])esoin, c’est que la France n’est pas seule. Elle a sa place, son rôle, ses intérêts, ses responsabilités, au milieu des nations civilisées, sur un continent où la vie devient plus que jamais difficile. L’Europe, en effet, est engagée dans une crise qui tend de plus en plus à prendre un caractère général, où tout est confus et obscur, où les déchaînemens révolutionnaires se mêlent aux complications de diplomatie, où la politique est incessamment à la merci d’un incident imprévu qui vient tout à coup aggraver et assombrir la situation.

Qu’il y ait des agitations, des complots, des fureurs de secte, des tentatives de meurtre contre des souverains, ce n’est pas là précisément ce qui est nouveau. Les conspirations et l’assassinat ne sont pas le fruit des sociétés modernes. Ce qu’il y a de réellement nouveau, c’est ce cosmopolitisme révolutionnaire enveloppant l’Europe, devenant un élément redoutable dans les rapports internationaux, se manifestant avec une audace et une violence croissantes qui ne reculent plus devant rien. C’est cet implacable esprit de destruction qui vient de s’attester encore une fois à Saint-Pétersbourg sous la forme du plus effrayant forfait. Dans la résidence même de la famille impériale, dans l’intérieur du Palais d’hiver, il y a eu une formidable explosion de dynamite qui a fait voler en éclats une partie du palais. L’heure du repas de la famille impériale avait été choisie avec un profond calcul, et ce n’est que par un hasard bienfaisant, par le retard imprévu d’un convive princier, que ce calcul a été trompé. L’empereur et les siens ont été préservés, ils avaient été retenus dans leurs appartemens. Seuls, de malheureux soldats du régiment de Finlande, de garde au Palais d’hiver, ont été ensevelis sous les décombres ; les uns sont morts, plus de cinquante ont été blessés. Les meurtriers ne se sont pas inquiétés des victimes qu’ils allaient faire pour atteindre le tsar. Ainsi, en peu de temps, l’empereur Alexandre a échappé à’deux grands périls. Il y a deux mois à peine, revenant de Livadia, il était aux portes de Moscou l’objet d’une tentative qui ne visait à rien moins qu’à faire sauter un train de chemin de fer ; aujourd’hui c’est dans son palais même qu’il est attaqué par un ennemi invisible armé des plus impitoyables moyens de destruction. Les attentats se succèdent, et en se succédant ils prennent un caractère de plus en plus terrible.

n’y a rien de plus tragique que cette situation de la Russie, où le