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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/914

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qu’ils ont dû faire acheter à des baleiniers, les Tchouktchis se servent encore de leurs armes primitives ; contre les ours ils emploient de longues lances à pointe d’os ou de fer, et contre les morses, le harpon et le javelot à trois crampons. Pour chasser des oiseaux, ils usent d’un genre de fronde composée de très minces lanières, quelques-unes réunies par une touffe de plumes, d’autres terminées par une petite boule en bois ou en dent de morse. Grande est leur adresse à lancer cette fronde, à l’aide de laquelle plusieurs oiseaux peuvent être pris à la fois, enchevêtrés pêle-mêle dans les lanières. L’occupation principale de cette peuplade est la pêche du phoque ; on prend cet amphibie dans un filet tendu l’été sur des blocs de glace et enfoncé, l’hiver, dans des crevasses. La peau du phoque fournit aux Tchouktchis des vêtemens et surtout des pantalons, puis des outres, où ils enferment l’huile de baleine, l’eau-de-vie et autres liquides. Leur manière de préparer ces peaux est des plus simples ; ils les rendent imperméables en faisant une ouverture au cou ou au ventre du phoque et en retirant toute la chair et tous les os. Ils échangent avec leurs frères les Tchouktchis des rennes, ces peaux de morse contre des peaux de rennes dont ils se servent pour recouvrir leurs tentes.

« Le 18 août, la chaloupe à vapeur vint apporter à bord la nouvelle que la glace commençait à s’épaissir du côté de l’Ammon. On décida qu’il fallait essayer de la rompre par la force. « La Vega, dit M. Nordenskjöld, prit la tête, bousculant dans sa marche les glaçons qui se présentaient devant elle ; mais comme ils se reformaient presque aussitôt à l’arrière, la chaloupe fut souvent en danger d’être broyée. Malgré tous nos efforts, nous fûmes arrêtés le jour suivant par un énorme bloc de glace échoué devant le cap Wankarema ; nous ne pûmes en sortir empêchés par un épais brouillard et des eaux basses. Un navire à voiles de même qu’un bâtiment en fer eussent été brisés s’ils avaient reçu des chocs comme ceux qui nous ébranlèrent. Un fort navire à vapeur en bois, comme notre Vega, pouvait seul résister.

Le 26 septembre, nous visitâmes le cap Onman, promontoire qui s’élève perpendiculairement sur le golfe de Kolioutchin à une hauteur de 300 pieds, et à la base duquel deux rochers abrupts émergent de l’eau. Aussitôt après avoir contourné le cap Onman, nous vîmes la montagne de l’île de Kolioutchin, haute, arrondie, s’élevant majestueusement au-dessus des glaces. Elle disparut bientôt dans la nuit qui tombait, et, c’est en ce moment qu’il nous fut donné de contempler l’un de ces radieux spectacles dont ces contrées abandonnées du soleil jouissent parfois au sein même de la nuit. Le soir, vers les dix heures, s’éleva à