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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/903

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II

Arrivons à l’expédition suédoise.

Le bateau à vapeur la Vega, équipé aux frais de sa majesté le roi de Suède, de M. Dickson et de M. Sibiriakof, quitta le 4 juillet la rade de Gothembourg, sur la Gœtha. A Tromsoe, il s’adjoignit un petit steamer, la Lena, et le 30 juillet les deux navires arrivaient à Jugor Shar, où la barque l’Express et le bateau le Fraser attendaient avec mission d’accompagner l’expédition à l’embouchure du Yenissei. Le 7 août, l’escadrille atteignit ce dernier point au port Dickson.

Indépendamment de M. le professeur A. -E. Nordenskjöld, chef de l’expédition, il y avait à bord de la Vega, M. le capitaine de vaisseau Pallander, second commandant, déjà célèbre par ses voyages au pôle dans les années 1872 et 1873 ; le professeur Kjellmann, botaniste, le docteur Almquist, médecin et botaniste ; le docteur Stutberg, zoologiste ; le lieutenant Bove, de la marine italienne, hydrographe, le lieutenant Hoogard, de la marine royale danoise, météorologiste ; le lieutenant Nordquist, de la garde impériale russe, enfin le lieutenant Brusevitz, de la marine royale de Suède. L’équipage se composait de vingt et un matelots choisis entre les plus robustes de la flotte suédoise et norvégienne. On aura sans doute remarqué avec une surprise pénible que, pas un officier français de notre marine, que pas un savant de nos académies, que pas un délégué de notre Société de géographie, n’accompagnait M. Nordenskjöld, dans son exploration. C’est une lacune déplorable, regrettable surtout pour notre marine, car nos ports fourmillent d’officiers qui eussent certainement accepté avec joie une mission à bord de la Vega, en compagnie des hommes de science dont nous avons cité plus haut les noms désormais célèbres. Pourquoi ne pas le dire ? le régime d’interpellation à outrance auquel nos gouvernans sont soumis est cause du peu d’attention que les ministres de la marine et du commerce ont accordé aux tentatives qui se faisaient à Stockholm pour arriver à découverte d’un passage au nord-est.

Le voyage de la flottille suédoise dans la mer karienne fut des plus heureux ; à peine fit-elle la rencontre de quelques glaçons ; il n’avait fallu qu’un faible effort pour briser ceux qui faisaient mine de résistance. C’était bien ce qu’espéraient le commandant Pallander et son illustre compagnon. Ce dernier était allé déjà deux fois, en 1875 et 1876, à l’embouchure du Yenissei, et, chaque fois, il s’était