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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/901

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Les glaces et les froids les forcèrent à retourner au sud-ouest. Il est vraisemblable que les brumes les empêchèrent de voir la terre avant d’arriver à l’embouchure de l’Arzina, rivière de la Laponie orientale, à peu de distance du port de Kégor. Les deux équipages y périrent de froid et de faim. Leurs cadavres et les débris de leurs bâtimens ne furent découverts par des pêcheurs russes que quelques années plus tard.

La même compagnie commerciale qui avait préparé cette expédition envoya les années suivantes plusieurs autres navires dans la même direction. Stephen Burrough, alors « le premier pilote de l’Angleterre, » atteignit en 1556 l’entrée de la mer de Kara et laissa son nom au détroit qui y conduit. Il revint sans autre résultat à son point de départ pour trois raisons d’une simplicité naïve : « la première, parce qu’il avait rencontré trop de glaces, la seconde parce que les vents du nord soufflaient d’une façon trop continue, et, la troisième, parce que les nuits devenaient par trop longues. » En 1580, Pett et Jackman entrèrent aussi dans la mer de Kara en passant par Jugor Shar ; les glaces leur barrèrent la route. Pett put rentrer en Angleterre sain et sauf, mais Jackman, moins heureux, périt en effectuant son voyage de retour. L’insuccès de ces expéditions découragea les Anglais, gens tenaces pourtant, et, pendant longtemps, ils ne voulurent plus s’occuper de la recherche d’un passage. Les Hollandais, conseillés par leur célèbre cosmographe Pierre Plancius, songèrent alors à s’ouvrir un chemin par l’extrémité septentrionale de la Nouvelle-Zemble. Il y eut trois expéditions : en 1594, en 1595 et en 1596 ; toutes les trois commandées par Guillaume Barents, un marin hardi et d’un courage à toute épreuve ; malheureusement, les deux premières ne purent dépasser la Nouvelle-Zemble, et la troisième fut contrainte d’hiverner dans la région nord-est de cette terre de désolation. Au printemps, Barents voulut revenir sur ses pas à l’aide de ses embarcations, mais, comme tant d’autres, il mourut dans la traversée. Ses compagnons plus heureux atteignirent les côtes de la Hollande. En 1608 et en 1609, un marin anglais, d’une trempe peu commune, Henry Hudson, avec un brick que montaient douze hommes et un mousse, résolut, en partant de Greenwich de faire voile par le nord-est jusqu’au Japon. Se figure-t-on aisément cette coquille de noix flottant sur l’Océan-Glacial, ballottée de banquise en banquise au risque d’y être mille fois broyée, se lançant à la voile avec un pareil équipage dans les sombres brouillards et les tempêtes de neige du pôle ! Et quelle nourriture Henry Hudson donnait-il à ses hommes ? Des viandes salées, du biscuit de mer ; pour toute boisson, une eau puante. Le scorbut, l’anémie, la nostalgie, frappaient tour à tour ces infortunés. Quel changement