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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/897

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LA RÉGION DU BAS RHÔNE.

en compensation des droits de navigation que la compagnie abandonnerait.

Il est certain que, si le canal de Beaucaire à la mer rentrait entre les mains de l’état, il formerait, avec le canal de la Radelle et celui des Étangs, une voie de navigation libre et continue de plus de 100 kilomètres qui mettrait en communication directe le Rhône, le port d’Aigues-Mortes et le port de Cette. Nul doute par conséquent que, si les taxes de navigation étaient supprimées ou réduites à ce qu’exigeraient les frais d’entretien et de conservation, cette voie, qui tend à être abandonnée aujourd’hui, ne soit de nouveau très fréquentée par le commerce et ne fasse, au grand profit de tous, une sérieuse concurrence au chemin de fer.

Il serait d’ailleurs assez facile d’améliorer le canal et de l’ouvrir à la grande batellerie du Rhône ; il suffirait pour cela de quelques dragages de très peu d’importance qui augmenteraient un peu la profondeur actuelle, qui n’est guère que de 1m,20 ; il faudrait surtout modifier les écluses et leur donner des dimensions suffisantes pour recevoir les bateaux du fleuve. Rien ne s’oppose à cette amélioration. On créerait ainsi un véritable bras artificiel du Rhône, dont le point de départ serait à Beaucaire, qui viendrait, sous les murs d’Aigues-Mortes, se souder au canal maritime et déboucherait ensuite à la mer. Ce serait là très certainement une des meilleures solutions, la plus simple peut-être de cette question des embouchures du Rhône, qui est restée, depuis l’époque romaine, à l’état de problème réputé insoluble et qui faisait dire à Vauban que « les embouchures du fleuve seraient toujours incorrigibles. » Aujourd’hui que des travaux considérables sont entrepris pour améliorer la navigation de notre grand fleuve de la Méditerranée, cette question s’impose plus que jamais à l’attention de tous. Ce sera même pour le commerce, pour l’industrie, pour la navigation fluviale une véritable œuvre de réparation.

Le canal de Beaucaire affranchi de ses droits et rendu accessible à la grande batellerie, c’est une nouvelle porte du fleuve ouverte sur la mer. C’est un nouvel élément de prospérité pour le port de Cette, qui sera désormais en communication directe avec la vallée du Rhône. C’est en même temps la vie renaissant sur les ruines d’Aigues-Mortes et la régénération de l’ancien port de saint Louis qui fut, il y a à peine quatre siècles, le premier port du Languedoc et dont la misère actuelle ne saurait faire oublier l’excellente situation nautique et la grandeur passée.

Charles Lenthéric.

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