Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/892

Cette page n’a pas encore été corrigée


domaine du ci-devant roi, des états de Languedoc, de l’ordre de Malte, de tous les domaines nationaux, ou à quelque titre que ce soit. » Elle jouit en outre du privilège de dessécher les marais appartenant à des tiers. C’est donc à la fois une compagnie de navigation, d’arrosage et de dessèchement.


V

Nous avons vu plus haut qu’il y a à peine un siècle, la vaste étendue de terrain, comprise, dans le territoire du département du Gard, entre le Rhône, la mer et le pied des coteaux qui courent de Beaucaire à Aigues-Mortes, était composée de marais, d’étangs et de terrains vagues et horizontaux que les inondations du fleuve et l’intumescence de la mer noyaient de temps à autre d’une manière à peu près complète, à l’exception de quelques points ccidentellement plus élevés et des salines défendues tant bien que mal par une ceinture de petits canaux et des digues plus ou moins résistantes. L’ouverture du canal de Beaucaire a complètement transformé le pays. Toute cette zone marécageuse, qui n’était autrefois qu’un seul bassin submersible, a été divisée en deux sections : une faible lisière est restée au nord entre le pied des coteaux et le canal, la plus grande partie se trouve au sud et s’étend entre le Canal et la mer.

Le canal a eu tout d’abord pour effet de dessécher en très peu de temps d’une manière complète et de rendre cultivables tous les terrains situés au nord. Séparés des autres marais par une large tranchée, ces terrains, jadis submersibles et presque toujours détrempés, ne communiquent plus aujourd’hui avec les étangs. Ils ne reçoivent plus que les eaux qui tombent sur le versant des coteaux contre lesquels ils sont adossés ; ces eaux restent très peu de temps sur le sol et trouvent bientôt leur écoulement naturel dans le canal d’abord, à la mer ensuite.

Le. desséchement du vaste territoire situé au sud a présenté de plus grandes difficultés, et est loin d’être en aussi bonne voie. Toute cette plaine n’a été, dans le principe, qu’un immense marécage assez semblable aux terres basses du littoral de la Hollande. La petite ville de Saint-Gilles, aujourd’hui entourée de terres cultivées, a été, pendant tout le moyen-âge et jusqu’à ces derniers siècles, un port de mer, ou pour mieux dire un port en rivière et en lagune, car le Rhône et les étangs baignaient le pied de la colline contre laquelle elle est adossée et occupaient exactement la place où se trouve le canal moderne de navigation. Cette lagune est encore très reconnaissable, bien qu’elle soit transformée en terre cultivée ; çà et là des lis marins, de petites forêts de roseaux,