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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/637

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pacifiques, avantageuses aux parties contractantes, n’ont rien de commua avec l’idée qu’on, serait tenté de s’en faire d’après le vocabulaire des protectionnistes, qui ne parlent que de luttes, de ruines et d’inondations, comme. s’il s’agissait d’une calamité publique. Quant aux nations qui, comme l’Amérique ou l’Allemagne, cherchent à s’isoler, elles n’y parviendront pas ; elles se préparent des catastrophes, car elles ne réussiront pas à remonter le cours des âges et à triompher de la forcé des choses.

On se défend, il est vrai, aujourd’hui, de vouloir revenir au régime protecteur, et l’on prétend ne réclamer que des droits fiscaux. Nous avons vu plus haut ce que vaut ce raisonnement, qui aboutit à faire payer au consommateur les charges dont on veut se débarrasser. Du reste, fiscal du protecteur, l’effet de ce droit est le même, c’est le renchérissement de tous les objets taxés à la frontière. Que cette forme d’impôt puisse être défendue, nous n’y contredisons pas ; car il peut être utile, au point de vue financier, de mettre une taxe sur des objets de grande consommation pour procurer au trésor une. nouvelle source de revenu ; mais alors il ne doit plus être question de l’intérêt de telle ou telle branche de l’industrie nationale, mais seulement de l’avantage qu’il peut y avoir, dans la situation économique où l’on se trouve, à préférer cet impôt à un autre.

Les argumens dont les protectionnistes se servent aujourd’hui, ils les ont formulés toutes les fois que la question commerciale a été mise en discussion ; mais le temps est passé où l’on pouvait les prendre au sérieux, car on sait maintenant à quoi s’en tenir sur l’impossibilité où est l’industrie française de soutenir la concurrence étrangère. Il ne s’agit plus, en effet, comme en 1860, de faire un traité de commerce dans des conditions tout à fait nouvelles, mais de conserver celui qui existe depuis vingt ans et dont les conséquences se sont dévoilées au grand jour. Si quelques industries peu vivaces ont souffert, le mal est fait, et il est inutile de chercher à faire revivre artificiellement les établissemens qui, mal placés ou mal outillés, ont dû liquider leurs affaires. Mais à la place de ceux-là des milliers d’autres ont été créés, et la production nationale a pris un essor inconnu jusqu’alors. Le mouvement du commerce spécial de la France avec ses colonies et avec l’étranger, qui en 1862 était de 4,500 millions, s’est élevé progressivement, d’année en année, jusqu’à 7,500 millions en 1876 ; en présence de pareils chiffres, il faut avoir une singulière audace pour prétendre que les traités du commerce nous ont ruinés. Avec quoi donc, s’il en avait été ainsi, aurions-nous payé les frais de la dernière guerre, et comment se fait-il, qu’après avoir supporté des charges aussi écrasantes, le pays ne paraisse pas avoir entamé