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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/631

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production ; dans le second, de retenir les blés qu’on jugeait indispensables à la consommation intérieure. On créait ainsi, il est vrai, des entraves au commerce ; mais à une époque où les voies de communication laissaient beaucoup à désirer et où l’on ne pouvait compter sur la spéculation pour assurer les approvisionnemens, il fallait bien prendre les mesures nécessaires pour empêcher les gens de mourir de faim. Ce fut en 1819 que, pour donner satisfaction aux réclamations des grands propriétaires, on imagina de frapper de droits les blés étrangers et d’établir ce qu’on a appelé l’échelle mobile, dont le mécanisme, très compliqué, consistait à faire varier le droit, de façon à ce que les blés du dehors pussent entrer quand les prix sur les marchés intérieurs s’élevaient et fussent écartés lorsque les prix s’abaissaient. Les droits à l’exportation étaient réglés de la même manière. Ce régime, très logique en théorie, avait le défaut d’être absolument inutile, puisque par la nature même des choses, l’importation diminue et l’exportation s’accroît quand le prix du blé baisse à l’intérieur, et que le contraire arrive quand il monte. Lorsque la récolte était abondante en France, la concurrence étrangère n’était pas à craindre ; lorsqu’elle était insuffisante, on s’en apercevait ordinairement trop tard pour pouvoir faire venir en temps utile du dehors les blés destinés à combler le déficit, et, comme cela s’est vu en 1847, le pays était exposé à la famine. Une loi, votée en 1861, supprima l’échelle mobile, autorisa l’exportation en franchise des céréales, et fixa à 0 fr. 50 par hectolitre le droit d’importation des grains. Une loi antérieure avait déjà abaissé de 50 francs à 3 fr. 60 le droit d’importation pour les bœufs ; de 25 fr. à 1 fr. 20 celui des vaches, et de 5 fr. à 0 fr. 30 celui des bêtes à laine. C’est sous l’empire de cette législation que nous avons vécu depuis lors et que le chiffre des exportations des denrées agricoles a passé de 669,469,000 francs, en 1860, à 1,179,803,000 fr. en 1872. Il est vrai que les importations ont suivi la même progression et se sont élevées de 1,467,249,000 fr. à 2,359,398,000 francs ; mais faut-il en conclure, comme font les. protectionnistes, que ces importations, résultant de transactions librement consenties, aient été une ruine, et que les sommes dépensées aient été perdues pour nous ? Ne peut-on pas dire au contraire qu’elles ont introduit en France les matières premières comme le coton, la laine, le bois, la soie, qui ont été mises en œuvre par l’industrie, et qu’elles ont contribué, aussi bien que les exportations, à enrichir le pays et à augmenter le bien-être de ses habitans ? Quant à l’agriculteur, il n’en a pas souffert, puisque, répétons-le encore, les exportations ont