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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/628

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peuvent en venir là, tous au moins pourront s’en rapprocher le plus possible en substituant au fermage à prix d’argent le métayage, qui, reposant sur le partage des bénéfices de la récolte entre le propriétaire et le fermier, représente l’association aussi intime que possible entre l’un et l’autre, et correspond au régime de la commandite dans l’industrie. Il n’existait autrefois que dans les régions pauvres où les cultivateurs, manquant de capitaux, étaient obligés de compter sur le propriétaire pour toutes les améliorations ; il deviendra, nous en avons la conviction, le mode d’exploitation de l’avenir et celui d’une culture perfectionnée, parce qu’en réalité, il est le seul équitable en ce qu’il fait la part de tous les intérêts engagés.

Une agitation de même nature se produit en Angleterre. Sous le coup de cinq mauvaises années successives, et en présence de la concurrence que leur font les produits américains, les fermiers anglais se sont demandé si les charges de toute nature qu’ils ont à subir ne sont pas trop lourdes pour leurs épaules, et, sans réclamer comme les nôtres un retour au régime protecteur, ils ont cherché les moyens de les diminuer. Dans toutes les réunions et les comices, c’est le sujet à l’ordre du jour, sur lequel propriétaires et fermiers viennent exposer leurs vues respectives. Voici à peu près comment l’un de ces derniers, M. Holborow, a résumé la situation au comice agricole de Kingscote : « Si vous interrogez le banquier, il vous dira que ses cliens agriculteurs, qui autrefois avaient une forte somme au crédit de leur compte courant, en ont aujourd’hui une grosse à leur débit et qu’ils demandent encore des avances. Interrogez le commissaire-priseur, le marchand de bestiaux, le marchand de grains, le marchand de tourteaux ou d’autres articles d’alimentation du bétail, les trafiquans en relations avec les agriculteurs, tous vous diront qu’ils ne peuvent se faire payer de leurs comptes par les fermiers, qui s’appauvrissent tous les jours, abandonnent les exploitations ou ne consentent à les relouer qu’à des taux considérablement réduits ; beaucoup d’entre elles même restent incultes. Parmi les causes principales de cette détresse il faut citer d’abord la rareté et la cherté de la main-d’œuvre. La culture exige aujourd’hui plus de travail que jamais, et la population rurale diminue au lieu d’augmenter, car les meilleurs ouvriers sont enrôlés dans la police, employés dans les chemins de fer ou émigrent dans les villes, ne laissant dans les villages que les vieillards et les infirmes. Il y a quarante ans, le salaire d’un ouvrier était calculé à raison de 1 boisseau (36 litres) de blé par semaine ; il y a vingt-cinq ans, cette moyenne n’était guère dépassée, tandis qu’aujourd’hui le salaire du même ouvrier est de 3 boisseaux, et son travail est moindre. Cette décadence dans la valeur de la