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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/613

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Cette liaison, au reste, nous devint alors fort utile. M. de Talleyrand, comme je l’ai dit, entretint l’empereur de nous, et lui persuada que nous étions très propres à tenir une grande maison, et à recevoir comme il le fallait les étrangers qui ne devaient pas manquer désormais d’abonder à Paris. Aussi l’empereur se détermina-t-il à nous donner les moyens de nous établir à Paris d’une manière brillante. Il augmenta le revenu de M. de Rémusat, à condition qu’à son retour à Paris il tiendrait une maison. Il le nomma surintendant des théâtres impériaux. M. de Talleyrand fut chargé de nous annoncer ces faveurs, et je me sentis très heureuse de les lui devoir. Ce moment a été le plus beau de notre situation, parce qu’il nous ouvrait une existence agréable, de l’aisance, des occasions d’amusement. Nous reçûmes beaucoup de complimens, et nous éprouvâmes ce plaisir, le premier, le seul d’une vie passée à la cour, je veux dire celui d’obtenir une sorte d’importance.

Au milieu de toutes ces choses, l’empereur ne laissait pas de travailler toujours, et presque chaque jour il publiait quelques-uns de ses décrets. Il y en avait d’utiles. Par exemple, il augmenta les succursales dans les départemens, il paya davantage les curés, il rétablit les sœurs de la Charité. Il fit rendre un sénatus-consulte qui déclarait les juges inamovibles au bout de cinq ans. Il se montrait attentif aussi à encourager le moindre effort du talent, surtout quand sa gloire était le but de cet effort. On donna à l’Opéra de Paris le Triomphe de Trajan, dont le poème était composé par Esménard, qui, ainsi que le musicien, reçut des gratifications. L’ouvrage renfermait de grandes applications ; on y avait représenté Trajan brûlant de sa main des papiers qui renfermaient le secret d’une conspiration. Cela rappelait ce que Bonaparte avait fait à Berlin. Le triomphe même fut représenté avec une pompe magnifique ; les décorations étaient superbes ; le triomphateur se montrait sur un char traîné par quatre chevaux blancs ; tout Paris courut à ce spectacle, les applaudissemens furent nombreux, et ils charmèrent Bonaparte. Peu après, on représenta l’opéra de M. de Jouy et du musicien. Spontini, la Vestale. Cet ouvrage, très bien conduit pour le poème, et remarquable par la musique, renfermait encore un triomphe qui réussit bien, et les auteurs eurent aussi leur récompense.

Durant ce voyage, l’empereur nomma M. de Caulaincourt ambassadeur à Pétersbourg. Il eut beaucoup de peine à le déterminer à accepter cette mission ; il en coûtait à M. de Caulaincourt de se séparer d’une personne qu’il aimait, et il refusa avec fermeté. Mais l’empereur, à force de paroles affectueuses, le détermina enfin, en