Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/595

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


table dînait tout ce qui n’avait pas reçu une invitation. Princes et rois ne pouvaient dîner chez l’empereur qu’invités par lui ; il se réservait la liberté du tête-à-tête avec sa femme, et il choisissait qui lui plaisait. On chassait à jours fixes, et de même on était invité pour accompagner la chasse, soit à cheval, soit dans un grand nombre d’élégantes calèches. Il passa par la tête de l’empereur de vouloir que les femmes eussent un costume de chasse. L’impératrice s’y prêta volontiers. Le fameux marchand de modes, Leroi fut appelé au conseil, et on détermina un costume très brillant. Chaque princesse avait une couleur différente pour elle et sa maison. Le costume de l’impératrice était en velours amarante brodé en or, avec une toque brodée d’or, et couronnée de plumes blanches, et toutes les dames du palais furent vêtues de couleur amarante. La reine de Hollande choisit le bleu et argent, madame Murat la couleur de rose et argent aussi, la princesse Borghèse, le lilas, de même brodé en argent. C’était toujours une sorte de tunique ou redingote en velours, courte, sur une robe de satin blanc brodée, des bottines de velours pareilles à la robe, ainsi que la toque, une écharpe blanche. L’empereur et tous les hommes portaient un habit vert galonné en or et argent. Ces brillans costumes, portés soit à cheval, soit en calèche, et toujours en cortège très nombreux, faisaient au travers de la belle forêt de Fontainebleau un effet charmant.

L’empereur aimait la chasse plutôt pour l’exercice qu’elle lui faisait faire que pour ce plaisir en lui-même. Il ne se prêtait point toujours à suivre le cerf bien régulièrement, et se lançant au galop, il s’abandonnait à la route qui se présentait devant lui. Quelquefois il oubliait encore le motif pour lequel on parcourait la forêt, et il en suivait les sinuosités, en paraissant s’abandonner à la fantaisie de son cheval, et livré à d’assez longues rêveries. Il montait à cheval avec habitude, mais sans grâce. On lui dressait des chevaux arabes qu’il préférait, parce qu’ils s’arrêtent à l’instant, et que partant tout à coup, sans tenir sa bride, il fût tombé souvent si on n’avait pris les précautions nécessaires. Il aimait à descendre au galop des côtes rapides, au risque de faire rompre le col à ceux qui le suivaient. Il a fait quelques chutes, dont on ne parlait jamais, parce que cela lui aurait déplu. Je lui ai vu, un peu avant ce temps, la manie de mener aussi des attelages à des calèches ou à des bogheis. Il ne faisait pas bien sûr d’être alors dans la voiture qu’il conduisait, car il ne prenait aucune précaution pour les tournans, ou pour éviter les endroits difficiles. Il prétendait toujours vaincre tout obstacle, et il eût rougi de reculer. Une fois, à Saint-Cloud, il s’avisa de vouloir conduire quatre chevaux, à grandes guides. Il passa une grille si maladroitement, se trouvant emporté dès le premier