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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/579

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femmes sont exorcistes. Une religieuse délivra un démoniaque par sa seule parole : « C’était un paysan venu en l’abbaye où était la religieuse pour lui apporter la pension que son père lui donnait tous les ans. Et le paysan ne fut sitôt en présence de la religieuse que le diable n’entra en son corps et ne le tourmenta bien âprement. La religieuse connut aussitôt que c’était le diable, se leva du lieu où elle était, et, toute courroucée et émue, s’adressa au diable avec grande clameur : Sors de cet homme, esprit misérable et damné, sors ! A cette voix, le diable répondit par la bouche du patient : Et si je sors, où est-ce que je me retirerai ? Or, à l’heure que le diable parlait, passait un petit cochon de lait ; la religieuse dit au diable qu’il entrât en ce cochon, et aussitôt le diable, obéissant, quitta le paysan et entra dans le cochon qu’il étouffa. »

En général, l’exorciste doit être un prêtre. Si le malade est depuis longtemps possédé du démon, il est nécessaire de procéder avec solennité. C’est ce qu’on appelle la procession. L’évêque, revêtu de ses habits sacerdotaux, arrive devant le possédé : on brûle une image diabolique qu’on a apportée à cet effet, et, avec force prières et formules, on finit par chasser le démon. Voici une de ces formules d’exorcisme. Comme il y en a plus de mille, on comprendra qu’il est impossible de les reproduire toutes : « O toi, homicide, réprouvé, diable, esprit immonde, tentateur, menteur, faussaire, hérétique, ivrogne, insensé, je te conjure par Notre-Seigneur que tu as tenté à sortir sur-le-champ de ce corps humain ; abîme-toi dans la profondeur des mers, ou perds-toi parmi les arbres stériles, ou dans les lieux déserts que nul chrétien n’habite, que nul homme ne peut aborder, afin d’être consumé par la foudre céleste. Va, serpent maudit, pars, hâte-toi, et en quittant cette créature de Dieu, ne lui fais aucun mal, ni à elle ni à aucune autre, mais enfonce-toi dans les profondeurs de l’enfer jusqu’au jour du dernier jugement. » Qu’il est préférable, le bon sens de Jean Wier ! Il raconte l’histoire d’une bourgeoise flamande qui, allant à la messe avec sa servante, vit la donzelle, pendant qu’on chantait le Gloria en allemand, prise d’une attaque démoniaque terrible. Mais la digne matrone ne se troubla pas, et, rentrant chez elle, administra quelques vigoureux coups de verge à sa servante, ce dont l’autre incontinent guérit. Wier raconte cette histoire avec une satisfaction qu’il ne déguise pas. Il aurait pu citer aussi le fait de saint Grégoire, qui guérit un démoniaque en lui donnant un violent soufflet.

Quelquefois cependant les brûlemens de cierges, la musique, les formules, les processions demeurent vaines ; plus l’exorciste redouble ses prières, plus le possédé s’agite en contorsions et blasphèmes. Cette perversité et cette puissance du diable consternent le pauvre Sprenger. « Hélas ! seigneur, dit-il, tous tes jugemens sont