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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/575

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Quelquefois cependant l’esprit malin est plus patient et supporte en silence l’approche des sacremens. Un jour, dit Sprenger, un prêtre possédé du démon fut exorcisé. L’exorciste demanda au démon comment il lui était possible de rester dans le corps du possédé pendant la sainte communion. C’est, dit le démon, que je me cachais sous sa langue. Et le malin ajoute en manière de satanique raillerie : Est-ce que, pendant qu’un saint homme passe sur un pont, un méchant ne peut pas se cacher sous les arches ?

Quand l’exorciste arrive en présence d’un possédé, il doit observer strictement certaines règles pour l’indication desquelles je me contenterai d’énumérer quelques-uns des chapitres du manuel de l’exorciste. Est-il permis d’exorciser quelqu’un qui ne présente aucun signe évident, mais seulement des probabilités d’obsession ? Est-il utile de demander au démon de quel nom il s’appelle ? Faut-il demander au démon s’il est seul ou accompagné de beaucoup de ses camarades ? Peut-on lui demander pourquoi il est entré dans le corps du possédé ? Peut-on l’interroger sur les saints qu’il faut invoquer pour qu’il parte, sur ses ennemis dans le ciel ou dans l’enfer, sur les paroles qui le feront souffrir le plus, à quelle heure, à quel jour il doit partir, où il ira pour lors, quel est son chef, si c’est un démon d’ordre supérieur, comme par exemple le grand Lucifer ? « C’est une curiosité dangereuse de demander au diable qui possède un corps d’où il vient, de quelle légion et de quel ordre de diables il est ; quels morts sont en état de grâce, quels sont les damnés, où est l’enfer, s’il est en cavernes de la terre et au centre d’icelle ; quelles peines les damnés endurent, et quelle est leur géhenne. » Il faut que l’exorciste soit toujours très prudent, car il lui arrive souvent d’être déçu et trompé par le démon. Il est bon de se servir d’injures et d’outrages quand on s’adresse au diable, de l’appeler faquin, drôle, et en particulier cuisinier de l’Achéron, mais on ne doit pas plaisanter avec lui, car ces plaisanteries coûtent souvent fort cher. A ce propos, Nider nous raconte l’histoire d’un moine de Cologne, fameux exorciste, quoique un peu trop facétieux. Un jour que ce moine exorcisait un possédé, le démon lui demanda en quels lieux il devait faire retraite ; lors le moine lui désigna certain endroit écarté, et se gaudit fort de la farce jouée au malin. Mais, la nuit, le pauvre moine, ressentant certaines importunités au bas-ventre, se rendit dans le lieu qu’il avait indiqué au démon. Or, à peine y fut-il entré, qu’il fût appréhendé à la gorge par ce démon fort irrité, et si cruellement qu’il en pensa mourir.

Les histoires de démoniaques sont extrêmement fréquentes chez les écrivains du XVe siècle. Comme elles se ressemblent toutes plus ou moins, il nous suffira d’en rapporter une avec quelques détails. Elle a d’autant plus d’intérêt qu’il s’agit manifestement d’une