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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/541

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croire que ce prélat eut toutes les voix sans en avoir brigué aucune. » Les registres de l’Académie consultés par M. de Boislisle montrent en effet que l’évêque fut nommé à l’unanimité.

Sa réception donna lieu à une scène qui était nouvelle alors, mais qui n’est plus rare aujourd’hui. On n’avait pas coutume encore de faire payer sa bienvenue à l’élu de l’Académie par de spirituelles railleries et d’assaisonner d’épigrammes les complimens qu’on est forcé de lui faire : cet usage fut inventé précisément pour M. de Noyon. Mais avant que Saint-Simon nous raconte cette séance, qui fut l’entretien et la joie de toute la cour, M. de Boislisle va chercher dans les papiers manuscrits d’un des plus grands curieux de cette époque, le père Léonard, des renseignemens exacts sur la manière dont ces sortes de cérémonies littéraires se passaient alors. « Le jour où un académicien est reçu, nous dit le père Léonard, la porte du lieu de l’Académie, qui est au Louvre, est ouverte à tous les honnêtes gens. Au milieu, il y a un grand bureau, sur lequel, ce jour-là, on met un beau tapis. Il y a des chaises d’un côté et d’autre, pour les académiciens seulement. Celui qui doit être reçu est entré d’abord dans un petit cabinet, et quand trois heures après-midi sonnent, le libraire de l’Académie avertit le candidat et l’amène dans le lieu de l’assemblée et lui montre sa place, qui est à un des bouts du bureau, où il y a une chaise sans bras. A la tête du bureau, tout vis-à-vis, est le directeur de l’Académie, qui a une chaise à bras. Le candidat commence son discours, il salue l’assemblée et se couvre en même temps, et demeure couvert tant qu’il parle. Le directeur alors prend la parole et répond à son discours. Ayant achevé, on lit quelques pièces de la composition de quelques-uns des académiciens : après quoi on finit l’assemblée [1]. » Ne trouvez-vous pas que ces détails précis nous mettent la scène sous les yeux et qu’ils ajoutent quelque intérêt au récit que Saint-Simon va nous faire ?

Le jour où le vaniteux prélat devait être reçu, l’assistance était plus nombreuse et plus brillante que jamais. Le roi lui-même avait pris soin de convier les princes et les courtisans à n’y pas manquer. « M. de Noyon, dit Saint-Simon, parut avec une nombreuse suite, saluant et remarquant l’illustre et nombreuse compagnie avec une satisfaction qu’il ne dissimula pas, et prononça sa harangue avec sa confiance ordinaire, dont la confusion et le langage remplirent l’attente de l’auditoire. » L’abbé de Caumartin devait répondre ; c’était un homme d’esprit qui trouva plaisant de se moquer de

  1. Les séances étaient publiques depuis la translation de l’Académie au Louvre en 1672 ; les dames y furent admises pour la première fois en 1702, et l’on ouvrit pour elles une tribune donnant sur la salle.