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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/539

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L’auteur y note avec soin les moindres détails d’étiquette, il rend raison de la place qu’occupe chaque personnage, du rang dans lequel il marche et des fonctions qu’il remplit. Il compte sans se fatiguer le nombre exact des révérences, — et Dieu sait si elles sont prodiguées dans ces circonstances solennelles, — et il nous apprend même, à cette occasion, comment on les fait : « Révérence de cérémonie est croiser les deux pieds et les deux jambes, puis, sans baisser le corps ni la tête, plier les genoux comme font ordinairement les femmes. » Rien ne lui échappe ; il remarque que la mante des princesses du sang est d’un crêpe plus épais que celle des autres dames ; que la queue de M. le duc de Bourgogne avait cinq pieds, celle de Monsieur quatre pieds et demi, et celle du duc de Chartres quatre pieds seulement. C’est le plus minutieux des procès-verbaux. Cependant, à un endroit, l’observateur se déride, et la malice perce tout d’un coup. Il s’agit d’un cierge de cire blanche, rempli de quantité de demi-louis d’or, que Madame remit à l’évêque de Meaux, qui officiait, après avoir baisé son anneau épiscopal, et que celui-ci passa derrière lui à l’un de ses aumôniers. « Là-dessus, nous dit l’auteur, il s’éleva une dispute entre les aumôniers et les moines, les uns et les autres voulant avoir l’argent attaché au cierge et recevoir ledit cierge des mains de l’évêque de Meaux ; et la querelle s’échauffa tellement que ces gens pensèrent se battre et rompirent le cierge en deux ou trois endroits pour avoir l’argent y attaché : tellement que dans ce débat la mitre de l’évêque de Glandèves tourna dessus sa tête et fût tombée, si ce prélat n’y eût porté les mains. » On voit qu’il a toujours aimé à noter les petits côtés des choses ; c’est un des caractères de ses récits, et nous le verrons, dans la suite, ne jamais négliger les incidens futiles qui égaient les scènes les plus tristes ou déconcertent la gravité des cérémonies les plus importantes.

Voilà Saint-Simon à quinze ans. M. de Boislisle a eu bien raison de réunir et de grouper ensemble tous ces documens qui nous font voir ce qu’il était alors : c’est le moyen de mieux comprendre ce qu’il sera toujours.


II

Ces études préliminaires finies, entrons enfin dans les Mémoires et montrons comment le travail de M. de Boislisle nous en a rendu l’intelligence plus facile. Ici j’éprouve, je l’avoue, un grand embarras qui vient de l’abondance même de citations que j’aurais à faire, si je prétendais être complet. Ce n’est pas sur quelques endroits seulement qu’a porté l’effort de l’éditeur, tout est éclairci, et, si je voulais tout dire, j’entrerais en un détail qui ne finirait plus. Je