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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/529

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I

C’est par la généalogie de Saint-Simon que je commencerai. Il est si sévère pour celle des autres qu’on prend envie, en le lisant, d’éplucher un peu la sienne. Ce censeur rigoureux des vanités d’autrui, qui a déchiré tant de blasons pièce à pièce, avait-il le droit de se montrer si difficile, et sa maison était-elle plus ancienne et plus illustre que celles dont il se moque si volontiers ? M. de Boislisle a compris qu’il lui fallait d’abord répondre à cette question. Il a donc composé sur la généalogie de son auteur un mémoire de cinquante pages en petit texte, qui forme son premier appendice et qui nous apprend tout ce que nous tenons à savoir.

Les Rouvroy de Saint-Simon étaient une famille noble du Vermandois, connue depuis le commencement du XIVe siècle. Les premiers dont il soit fait mention sont qualifiés de « sages et vaillans chevaliers, » et ils figurent honorablement dans les grandes guerres contre les Anglais. Un d’eux, Gilles de Saint-Simon, le héros de la race, combattit à côté de la Pucelle à Patay et aida Charles VII à reconquérir son royaume. Ces services furent payés par des charges de cour, des gouvernemens de villes et de places fortes. Cependant la position de la famille resta fort modeste : « elle comptait à peine, dit M. de Boislisle, dans la noblesse de second ordre. » C’est seulement sous Louis XIII qu’elle en sortit, quand Claude de Saint-Simon, le père de l’auteur des Mémoires, fut fait duc et pair. Avec l’éclat et la fortune vinrent naturellement les prétentions. Deux siècles de bonne noblesse ne suffisaient plus à la situation nouvelle de la famille ; il fallait lui créer un passé qui fût digne de l’illustration que la faveur du roi venait de jeter sur elle. Les généalogistes se mirent en campagne : c’étaient des gens complaisans et pleins de ressources, et, en cherchant bien, il finirent par découvrir que les Rouvroy de Saint-Simon pouvaient se rattacher à la famille de ces anciens comtes de Vermandois, derniers descendans des Carlovingiens, qui avaient eu tant de puissance au XIe siècle et qui possédaient de si vastes domaines. Descendre de Charlemagne était une gloire faite pour contenter l’amour-propre le plus exigeant : Claude de Saint-Simon, héritier des Vermandois, pouvait entrer la tête haute dans les rangs des nobles pairs dont on l’avait fait le collègue, et se trouvait à sa place à côté des Châtillon et des Montmorency. Aussi eut-il grand soin de faire constater cette illustre origine dans les lettres du roi qui lui conféraient la duché-pairie. Son fils, qui n’était pas moins vaniteux que lui, n’eut garde, comme on pense, de renoncer à ces prétentions, et il en parle, dans ses Mémoires, avec ce ton d’affirmation hautaine qui lui est familier et