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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/479

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république, et il n’a pas même attendu que son ministre fût bien guéri de la goutte pour signaler son avènement par des actes de sévérité. Dans une certaine mesure, on devait bien s’attendre à d’assez nombreux déplacemens de personnel auxquels la modération de M. Léon Say se serait refusée ; mais voici qui deviendrait plus grave : ce serait si, pour se créer plus de facilités, pour se donner libre carrière, on touchait à l’organisme même de ce gouvernement des finances que tous les pouvoirs ont respecté jusqu’ici ; ce serait si, par une préoccupation politique ou personnelle, on déplaçait, on troublait les ressorts de cette puissante machine, et c’est là justement ce qu’on s’est exposé à faire dès le premier jour par un décret improvisé, dont l’unique signification est de constituer la prépondérance privilégiée de la sous-secrétairerie d’état au détriment des administrations distinctes des finances et de l’autorité du ministre lui-même. Jusqu’ici les grandes administrations financières, enregistrement, douanes, contributions directes ou indirectes, avaient joui, sous l’autorité du ministre, qui était entre elles le seul lien, d’une sorte d’indépendance ou si l’on veut d’autonomie. Elles n’en abusaient certainement pas, elles en usaient dans l’intérêt du service. Elles disposaient d’un personnel nombreux, dévoué, actif, qu’elles gouvernaient avec la plus attentive sollicitude, qu’elles avaient souvent à préserver ; elles ont défendu ce personnel sous le 16 mai contre ceux qui réclamaient des révocations dans un intérêt électoral, elles l’ont défendu depuis le 14 octobre 1877 contre des réclamations opposées. Les directeurs-généraux étaient d’habitude des hommes éprouvés dont M. Thiers a plus d’une fois reconnu l’habileté et l’expérience. Aujourd’hui tout est changé par le récent décret. Affaires financières, personnel immense et multiple, tout passe sous le contrôle de M. le sous-secrétaire d’état, qui par le fait est plus que le ministre lui-même. D’un trait de plume M. Wilson s’est tout simplement érigé en maire du palais du ministère des finances, et comme le sous-secrétaire d’état est encore plus peut-être que le ministre le représentant des mobilités parlementaires, c’est l’irruption de la politique dans les services publics ; c’est l’asservissement de l’administration financière à des passions et à des intérêts d’élection ou de parlement.

Par quelle raison plausible autre que la préoccupation politique pourrait-on expliquer ce décret exorbitant et anarchique dont la portée a dû nécessairement échapper à M. le président de la république et au conseil dans les premiers momens ? Eh ! sans doute, dira-t-on, c’est par une raison politique qu’on a voulu faire passer un personnel immense, qui est toute une armée, sous la dictature vigilante de M. le sous-secrétaire d’état Wilson, pour lui bien faire sentir qu’il n’a plus désormais la garantie de ses chefs directs, qu’il doit être républicain. Oui, en vérité, il paraît qu’il y a une manière républicaine et une manière