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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/477

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camp plus avancé. C’était une combinaison parlementaire assez imprévue, qui pouvait avoir sans doute sa logique intime, mais qui avait certainement et qui a encore besoin d’être éclaircie, expliquée pour être comprise, pour ne pas laisser l’opinion déconcertée et inquiète. L’obscurité tient encore aux conditions particulières dans lesquelles le nouveau ministère, déjà un peu énigmatique par son origine et par sa composition, arrive au pouvoir. Il se trouve, pour son début, en présence de toute sorte de questions confuses, artificielles et irritantes, auxquelles on a laissé le temps de s’accumuler et de s’aigrir, qui deviennent aujourd’hui son plus cruel embarras et dont il ne peut cependant décliner entièrement l’héritage. Les difficultés se pressent sous ses pas, d’autant plus graves que les passions de parti se sentent encouragées par une apparence de succès, qu’elles croient voir un gage et une promesse dans les premières satisfactions qu’on est obligé de leur donner. Il en résulte une situation manifestement pleine de contradictions et d’obscurités, sur laquelle M. le président du conseil, en homme sérieux qui a la principale responsabilité, n’en est point à réfléchir sans doute. Il a ses vues nettes et avouées sur les conditions d’existence de la république ; il n’y a point renoncé en devenant le chef d’un ministère dans les circonstances présentes. Il a dû sûrement mesurer d’avance la gravité de la tâche qu’il a acceptée des mains de M. le président Grévy. Il a tout à la fois à dégager ses idées de gouvernement de ce fatras de questions stériles qui encombrent la situation, à introduire l’unité dans un cabinet composé d’élémens assez disparates, et avant tout il a pour le moment à dissiper toutes les obscurités, à éclairer, à gagner l’opinion, les chambres elles-mêmes, en leur exposant sa politique, l’objet qu’il poursuit, la direction qu’il entend donner aux affaires du pays.

Ce que sera cette politique, on le verra bientôt, sans doute ; on ne tardera plus beaucoup à savoir ce qu’elle se propose réellement, quelles limites elle se fixe à elle-même, comment elle entend résoudre les questions les plus épineuses, les plus délicates, quels appuis décidés et efficaces elle trouvera dans le parlement. A quoi se décidera-t-on pour l’amnistie, pour la liberté de l’enseignement et l’article 7, pour la réforme de la magistrature ? Jusqu’où ira-t-on dans ce vaste et périlleux domaine des épurations ouvert à toutes les passions, à toutes les convoitises, à toutes les représailles personnelles ? Voilà le problème ! Ce qui est certain, c’est que la direction générale et supérieure qui est restée jusqu’ici, pour ainsi dire, un peu en réserve, n’a plus de temps à perdre pour régler la marche, pour mettre quelque ordre dans cette inauguration d’un nouveau régime, où tout n’est point à la vérité également inquiétant, où tout n’est pas non plus également rassurant, où il reste toujours à choisir entre les conditions nécessaires de gouvernement et les entraînemens de l’esprit de parti. La question se reproduit