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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/444

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concessions non moins irrationnelles. Aussi les terrains situés dans l’enceinte ou dans le voisinage des villes du, littoral ou des centres. les plus importans de population ont-ils été déjà presque tous aliénés. Il en résulte que l’état n’a plus aujourd’hui de domaines concessibles à, sa disposition auprès des marchés ou des grandes lignes de communication, que pour arriver aux emplacemens, choisis pour les colonies, on est obligé de traverser souvent de vastes espaces parfaitement abandonnés par leurs légitimes propriétaires, et, comme les provinces du sud, dont le ciel est plus clément, ont été jusqu’ici plus déshéritées que celles du nord sous le rapport des travaux publics, les débouchés pour la vente des produits sont trop éloignés, et les transports trop coûteux pour que les colons ! puissent réaliser des bénéfices. On a vu des convois, d’immigrans, rebutés par ces difficultés, reprendre après quelques mois de séjour le chemin de la mère patrie. Le plus curieux exemple de ce genre de découragement s’est produit cet été.

Il existe, en Russie, une secte d’anabaptistes, qu’on appelle menonnites ; les adeptes de cette secte ne reconnaissent aucune autorité en matière de croyance, se contentent de l’interprétation individuelle de la Bible, mais s’engagent à ne jamais répandre le sang de leurs semblables. Avec de telles doctrines les membres de cette petite église se trouvent perpétuellement en opposition avec le gouvernement russe, gouvernement essentiellement militaire et autoritaire même dans le domaine spirituel ; aussi, à l’époque du recrutement de l’armée, n’est-il pas rare de voir la population de villages entiers quitter la patrie pour rester fidèle aux maximes de la religion. Un exode de ce genre a signalé l’année 1878 ; un millier de ces malheureux sont venus s’embarquer à Hambourg pour quelque plage hospitalière où l’observation de leurs croyances leur fût permise. Les agens d’immigration les dirigèrent vers le Brésil ; arrivés à Rio après une longue traversée, ils reçurent du bureau des colonies la désignation d’emplacemens dans la province du Pavana. Que se passa-t-il lorsqu’ils eurent atteint leur destination ? Il n’est guère possible de le discerner au milieu des assertions contradictoires qui se sont produites sur cette affaire, mais moins de six mois après leur départ, les habitans de Rio les voyaient, revenir sur un navire allemand, dénués de tout, en proie au plus profond désespoir, et se dirigeant vers les États-Unis d’Amérique. Ils se plaignaient vivement des autorités locales et prétendaient que les engagemens pris envers eux n’avaient pas été tenus, que les terres concédées étaient trop pauvres pour les nourrir, qu’enfin ils s’étaient trouvés dans l’alternative ou de mourir de faim ou de quitter le pays. Au dire des fonctionnaires provinciaux au contraire, l’administration était irréprochable, mais ces immigrans apportaient tous