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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/437

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loi sur la garde nationale et celle que vous venez de faire sur l’expropriation forcée pour cause d’utilité publique. Si la raison de l’utilité publique suffit au législateur pour toucher à la propriété, pourquoi la raison d’une utilité bien supérieure ne lui suffirait-elle pas pour faire moins, pour exiger que des enfans reçoivent l’instruction indispensable à toute créature humaine, afin qu’elle ne devienne pas nuisible à elle-même ou à la société tout entière ? »


V

Des pages précédentes se dégagent comme d’elles-mêmes les idées qui doivent aujourd’hui dominer toute théorie de l’éducation. Elle doit avant tout tendre à imprimer dans les esprits les connaissances qui plus tard leur seront indispensables pour accomplir leur destinée d’hommes et de citoyens. En conséquence, elle sera largement utilitaire, en prenant ce mot dans son acception la plus élevée. Il ne s’agit pas de cette utilité étroite et mesquine dont l’idéal est de remplir mécaniquement telle ou telle fonction sociale ou de gagner beaucoup d’argent, mais de cet intérêt supérieur qu’a tout homme à posséder des notions exactes et précises pour la conduite de la vie. A ce point de vue, la culture littéraire n’est pas moins utile que la culture scientifique, s’il est vrai qu’elle forme, assouplit, affine l’instrument par lequel ces notions sont acquises et mises en œuvre, qu’elle développe le jugement, le raisonnement, l’imagination dans la mesure et selon la direction convenables. C’est là son rôle éminent, sa raison d’être durable, et si les études classiques doivent continuer à tenir une grande place dans notre système d’enseignement, ce n’est pas que le but suprême soit pour nous d’écrire élégamment en latin, c’est que les deux grands idiomes de l’antiquité nous semblent encore les meilleurs modèles de logique naturelle, et que les immortelles intelligences qui les ont parlés ont exprimé en perfection quelques-unes des vérités philosophiques et morales qui, étrangères à l’espace et à la durée, sont en quelque sorte le patrimoine commun du genre humain.

La cause de la littérature et de la langue nationales, celles des langues vivantes, de l’histoire et de la géographie, sont aujourd’hui gagnées ; mais comprend-on que jusqu’à la révolution elles aient eu besoin d’avocats, et qu’on ait si longtemps fermé l’oreille aux voix qui revendiquaient, pour ces études indispensables, droit de cité dans les programmes de l’éducation française ?

A côté de l’enseignement purement littéraire, une importance croissante est attribuée à l’enseignement scientifique. Nous n’irons pas jusqu’à dire, avec M. H. Spencer, que le peintre, le musicien, ont absolument besoin de connaître les théories physiques de la