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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/436

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demandait la fondation d’écoles de canton, où l’on ajouterait à l’enseignement élémentaire des communes la grammaire française, l’arpentage, la physique, l’hygiène, l’art vétérinaire et l’histoire de la révolution. — Ce sont comme les premiers linéamens de l’enseignement primaire supérieur.

Le principe de l’obligation fut repoussé, et la convention alla même jusqu’à autoriser tous les citoyens à ouvrir des écoles particulières ; il est vrai qu’elle les soumettait à la surveillance des autorités constituées. Mais, dans cette dernière période de son existence, la convention ne borna pas sa sollicitude à l’enseignement primaire : l’instruction supérieure reçut une vigoureuse et féconde impulsion. Les dates ici sont éloquentes : fondation de l’École polytechnique, 11 mars 1794 ; de l’École de Mars, 1er juin 1794 ; du Conservatoire des arts et métiers, 29 septembre 1794 ; de l’École normale, 30 octobre 1795 ; l’année suivante, c’est le tour du Bureau des longitudes et de l’Institut national de musique. Enfin, en 1795, sur le rapport de Daunou, la convention décrétait l’établissement d’écoles centrales destinées à remplacer les collèges d’enseignement secondaire, et dont la prospérité, il faut le dire, fut généralement médiocre, puis d’un Institut national, « qui devait être comme l’abrégé du monde savant, comme le corps représentatif de la république des lettres. » Il était divisé en trois classes, et comprenait : 1° les sciences physiques et mathématiques ; 2° les sciences morales et politiques ; 3° la littérature et les beaux-arts.

Ce fut le dernier effort de la grande assemblée. Peu de temps après, elle prononçait sa propre dissolution, emportant la gloire impérissable d’avoir doté la France du premier système d’éducation nationale qu’elle ait connu. Les principes qu’elle a légués à l’avenir furent plus féconds encore que ses institutions. La première, elle a proclamé le droit et le devoir de tout citoyen d’être instruit et éclairé, et que c’est là l’un des articles fondamentaux de la charte d’un peuple libre.

Nous ne pousserons pas plus loin cette révision, entreprise en compagnie d’un guide toujours judicieux, attachant et parfaitement informé. On sait de reste ce que fut l’Université impériale, quelles préventions nourrirent Napoléon Ier et la restauration à l’égard de l’instruction primaire ; comment, enfin, celle-ci fut organisée par la loi de 1833. Rappelons qu’à cette date le droit des pères de famille ne paraissait pas aux meilleurs esprits de nature à faire reculer le législateur devant le principe de l’obligation, et V. Cousin, rapporteur à la chambre des pairs de la loi Guizot, prononçait ces paroles mémorables, bien dignes d’être méditées aujourd’hui : « Une loi qui ferait de l’instruction primaire une obligation légale, ne nous a pas paru plus au-dessus des pouvoirs du législateur que. La