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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/433

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naturelle, chimie, physique expérimentale, physiologie ; hébreu, grec, latin, italien, espagnol, anglais, allemand : telles devraient être les matières de l’instruction. Avec une vue juste et élevée de ce que doit être l’enseignement supérieur, Mirabeau déclare que « la chaire de méthode sera la base de l’enseignement du lycée national. »

Bien autrement hardi et complet fut le projet présenté par Talleyrand en septembre 1791, au nom du comité de constitution. Talleyrand proclame que l’instruction est due à tous ; en conséquence, il y aura des écoles partout, dans le plus humble village comme dans les plus grandes villes. Chacun sera libre d’enseigner ; l’existence d’une corporation avec privilège exclusif est contraire à l’égalité. Enfin, on enseignera tout ce qui peut être enseigné : « Dans une société bien organisée, quoique personne ne puisse parvenir à tout savoir, il faut néanmoins qu’il soit possible de tout apprendre. »

La Déclaration des droits de l’homme devient, dans le projet de Talleyrand, le catéchisme de l’enfance. Connaître, aimer, perfectionner la constitution, sont les trois choses essentielles : la morale ne vient qu’après. Cette morale, il va sans dire, est indépendante de tout dogme religieux. L’instruction primaire est donnée dans des écoles établies à chaque chef-lieu de canton ; elle est gratuite, mais non obligatoire. Dans chaque arrondissement, une école de district, répondant à peu près à nos collèges d’enseignement secondaire ; dans quelques chefs-lieux de département, des écoles spéciales- pour la morale évangélique, le droit, la médecine, l’art militaire ; enfin à Paris, un établissement unique d’enseignement supérieur, l’institut national, où s’achèvera la culture des jeunes gens qui se destinent aux lettres, aux sciences et aux arts. — Les femmes ne sont pas oubliées ; Talleyrand demande pour elles des maisons d’éducation publique, destinées à remplacer les couvens.

Ce projet, remarquable malgré quelques défauts et quelques lacunes, n’obtint pas l’attention qu’il méritait. L’assemblée législative, à qui il avait été renvoyé par la constituante, chargea Condorcet de lui présenter un nouveau rapport. Lu dans les séances des 20 et 21 avril 1792, ce rapport est digne du nom illustre de son auteur. L’instruction, selon Condorcet, est le principal instrument de la moralité et du progrès, et l’on sait que pour lui la perfectibilité humaine est indéfinie. Par un respect peut-être excessif de la liberté, Condorcet veut que l’état se désintéresse absolument de l’éducation politique : il doit se contenter de présenter aux enfans la constitution comme un fait, non comme une chose sacrée et inviolable ; à plus forte raison devra-t-il, sous peine d’attentat aux droits de la famille, s’abstenir de tout enseignement religieux,