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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/371

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met en face du sujet, on fait devant son front des passes avec les deux mains, et on le regarde fixement. Très souvent, à la première séance, on n’obtient aucun résultat ; mais l’expérience enseigne qu’il ne faut pas se laisser décourager par une apparence d’insuccès. Au contraire on doit recommencer le jour suivant et le surlendemain. Si, au bout de la troisième séance environ, on n’a pas encore eu de résultat, il faut renoncer à endormir ce sujet rebelle ; mais le cas est rare, et le plus souvent, dès la troisième séance, quelquefois plus tôt, on peut provoquer le sommeil.

Le premier phénomène qu’on observe est une sorte de torpeur. La physionomie perd sa mobilité pour devenir terne et insignifiante. Dans les membres, le patient ressent de la pesanteur et un alourdissement singulier qui l’empêche de faire le moindre mouvement. Cependant il est soumis à des sensations vagues de chaleur, de froid, de fourmillemens, et quoique les mains restent immobiles, il y a des soubresauts dans les tendons et des contractions fibrillaires dans les muscles. Les paupières deviennent pesantes et se ferment. En vain, à plusieurs reprises, le patient les ouvre pour les laisser retomber ensuite ; il arrive un moment où il est impuissant à les faire mouvoir. On observe alors un curieux spectacle : celui d’une lutte qui s’engage entre le sommeil et la volonté d’y résister. Enfin il faut céder, la tête retombe alourdie sur le fauteuil ; les mains et les bras sont sans mouvement, gardant l’attitude qu’ils avaient d’abord ; la figure est un masque immobile qui n’exprime aucune sensation intérieure. Les paupières sont fermées et agitées de petits frémissemens convulsifs ; la respiration est calme ; le cœur bat lentement et régulièrement, et au premier abord on pourrait croire que ce sommeil provoqué est identique au sommeil ordinaire. Cependant il n’en est rien, car les symptômes de ces deux sommeils sont bien différens.

Ce qui permet d’assimiler, dans une certaine mesure, l’attaque de somnambulisme provoqué avec l’attaque démoniaque, c’est que dans l’une et l’autre il y a de l’insensibilité. On peut, sur des personnes magnétisées, piquer la peau avec une aiguille, chatouiller les narines et les lèvres avec une barbe de plume, sans provoquer la moindre réaction. Par malheur, cette anesthésie, complète chez quelques sujets, fait absolument défaut chez d’autres, de sorte qu’on ne peut pas y voir un symptôme essentiel, caractéristique, qui permet déjuger si le sommeil est feint ou réel. C’est pourquoi les médecins qui se sont servis de ce critérium ont été bien souvent amenés à nier la réalité du somnambulisme ; car, au lieu de trouver, comme ils s’y attendaient, de l’insensibilité, ils voyaient que chaque piqûre provoquait un sentiment douloureux. Dans certains