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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/369

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quelques années auparavant, publié un livre bizarre, presque mystique, où il affirmait l’existence d’un fluide universel répandu dans toute la nature, et pouvant passer dans le corps de l’homme. Néanmoins Mesmer n’était pas encore célèbre, mais Paris, qui était alors, comme aujourd’hui peut-être, le centre et le foyer de l’opinion, allait lui donner rapidement une éclatante renommée. Mesmer s’installe à Paris, place Vendôme, se met à enseigner sa théorie du fluide magnétique, et parvient à recruter quelques élèves, en particulier un médecin nommé d’Eslon, auquel il s’associe. Bientôt des querelles d’intérêt surgissent entre les deux magnétiseurs. D’Eslon est réprimandé par la Faculté, qui l’exclut, comme charlatan, de son sein.

Cependant les cliens arrivent en foule. Tout le monde veut se faire magnétiser. Mesmer ne peut plus suffire à cette affluence. Il prend un valet toucheur qui magnétise à sa place. C’est trop peu encore. Mesmer alors invente le fameux baquet, grâce auquel trente à quarante personnes peuvent être magnétisées en même temps. On se réunit dans une grande salle obscure ; au milieu de cette salle est une caisse de chêne contenant des bouteilles reliées l’une à l’autre par des barreaux métalliques. Le tout est enfermé dans une autre caisse d’où se dressent des tiges de fer que les malades doivent saisir pour être influencés. Le silence est complet : tout d’un coup on entend des accens mélodieux qui partent de la chambre voisine. Alors, sous l’influence de l’émotion, de l’imitation, une sorte d’excitation nerveuse se communique de proche en proche parmi tous les assistans : des symptômes curieux apparaissent chez les magnétisés. C’est d’abord de la langueur, de la somnolence : un peu plus tard c’est une agitation frénétique ; enfin surviennent des contorsions et des convulsions. Le silence n’est troublé que par les sons étouffés de l’orgue et les gémissemens des patiens qui tombent pris d’une attaque convulsive. On conçoit combien de telles scènes sont propres à développer des crises nerveuses chez des individus prédisposés. A Paris l’engouement devient général. Les apologies, les pamphlets, les chansons, les caricatures, pleuvent sur le mesmérisme. C’est dire qu’il est en pleine vogue. La maison de la place Vendôme devenant trop petite, Mesmer achète l’hôtel Bullion, place de la Bourse. Dans l’espace de cinq ans il a magnétisé huit mille personnes (1779-1784). Mais la roche Tarpéienne est près du Capitole ; rapidement le discrédit succède à la vogue, Mesmer est bafoué à l’Opéra, abandonné par ses disciples, qu’il a grugés, insulté dans les rues de Paris, si bien qu’il est forcé de se réfugier en Suisse (1785).

Les sociétés savantes n’étaient pas restées indifférentes au