Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/293

Cette page n’a pas encore été corrigée


vous. » Mais en ce cas, de l’unité de fin morale ou même d’essence morale à l’unité d’origine physique, il n’y a aucune conclusion possible. S’agit-il donc de l’origine divine, de l’unité en Dieu ? Mais qui m’empêchera de conclure alors, avec encore plus de rigueur, comme le font Schopenhauer et M. de Hartmann, que nous formons non pas seulement une union en Dieu, mais un seul et même être, et que nous sommes le vrai Dieu ? Le panthéisme et le « monisme » rendent l’unité d’origine et d’essence encore plus complète que la doctrine proposée par M. Secrétan. Ce n’est pas tout. Pourquoi notre unité d’origine ne serait-elle pas aussi la matière, ou la nature, ou une substance quelconque n’ayant point la perfection divine ? L’humanité est une tout aussi bien et peut-être même encore mieux dans l’hypothèse naturaliste ou matérialiste, car celle-ci ne voit dans l’univers, conséquemment dans l’humanité, qu’une seule et même matière dispersée en mille formes individuelles. Toutes ces spéculations métaphysiques ou religieuses sont, selon nous, étrangères à la vraie morale ; quand M. Secrétan dit : « Si nous n’étions pas un, nous ne pourrions le devenir, » nous lui répondrons : « Si nous étions un, nous n’aurions pas besoin de le devenir. » Il faut donc admettre simplement que notre origine et notre essence ne s’opposent pas à notre unité finale » à notre mutuel amour, à notre idéale fraternité ; c’est là tout ce qu’exige la loi morale. Mais pour que la fraternité ainsi conçue soit possible, il suffit que nous en ayons l’idée et le désir, car, — on se le rappelle, — toute idée, tout désir, tend à sa propre réalisation. Dès lors, au lieu de nous perdre avec M, Secrétan et la plupart des théologiens dans des considérations historiques et ontologiques où toute rigueur de raisonnement disparait, nous ne demanderons pour constituer la fraternité qu’une seule chose : l’idée même ou l’idéal de la fraternité. C’est dans cette idée que nous sommes un, c’est par cet idéal que nous sommes frères. Fussions-nous venus des quatre coins de l’univers, fussions-nous sortis de la matière la plus multiple et la plus diverse, eussions-nous pour origine le chaos, dès que nous arrivons à concevoir un même idéal, dès que nos pensées convergent comme des rayons vers un même foyer, nous sommes un virtuellement et nous pouvons être un réellement : penser la fraternité, c’est déjà la réaliser.


II

Les rapports de la fraternité et du droit ne nous semblent pas définis d’une manière plus exacte par la philosophie chrétienne que les rapports de la fraternité idéale avec l’origine réelle de l’humanité. Les chrétiens nous représentent généralement la maxime de