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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/247

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CAUSERIES FLORENTINES

AUX MANES DE G... (TRÉVISE, 1872).

I.
DANTE ET MICHEL-ANGE.

Dans les premiers jours de l’automne de l’année 1872, la jolie villa de la comtesse Albina, aux environs de Florence, réunissait un petit nombre d’hôtes choisis que nous prendrons la liberté de présenter au lecteur, dès le début et sans autre préambule, senza complimenti, comme on dit si délicieusement de l’autre côté des Alpes. C’était d’abord le prince Silvio, de la grande famille Canterani, qui se glorifie d’avoir donné plus d’un souverain pontife à la chrétienté. Lié par des traditions de famille ainsi que par ses convictions personnelles à la cause vaincue le 20 septembre 1870, près de la Porta Pia, le prince n’avait fait depuis lors que de très rares apparitions dans la cité éternelle, aimant mieux séjourner tantôt à Naples et tantôt à Florence. Des considérations de même nature, quoique d’un ordre bien plus modeste, retenaient également sur les bords de l’Arno un ancien conservateur de l’un des célèbres musées pontificaux, le commandeur Francesco (on sait que les Italiens aiment à appeler les personnes par le grade que leur confère une décoration, et messer Francesco avait un grade élevé dans l’ordre de Saint-Grégoire). Le nouveau gouvernement italien n’aurait pas mieux demandé que de retenir à son poste un homme éminent dans la science, et d’une renommée européenne ; mais l’honnête comandatore avait craint d’attrister par sa « défection » les derniers jours d’un vénérable et doux protecteur, et s’était séparé résolument, le cœur bien saignant toutefois, des collections magnifiques qui avaient fait si longtemps partie de sa vie. — Le marchese