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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/245

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corps très stable, et en effet, il ne se décompose pas, même chauffé au rouge blanc. Au contraire, le chlore, dans certaines conditions, se combine à l’azote, et cette combinaison, au lieu de dégager de la chaleur, absorbe de la chaleur. Par conséquent, le chlorure d’azote sera un corps peu stable et se décomposant facilement. Et en effet le chlorure d’azote se décompose spontanément. Cette décomposition est même tellement brusque, que c’est une explosion redoutable lorsqu’elle porte sur une quantité un peu considérable de la substance. Le célèbre chimiste Dulong, en étudiant le chlorure d’azote, qu’il a découvert, fut grièvement blessé par une détonation résultant de la décomposition brusque de ce corps. En somme, tous les corps explosifs sont des corps qui peuvent produire de la chaleur ; et c’est encore une des conséquences de la loi du travail maximum. Le chlorure d’azote, par exemple, étant formé avec absorption de chaleur, sa décomposition en chlore et azote sera imminente, car celte décomposition dégagera de la chaleur, et une quantité de chaleur précisément égale à celle qui avait été absorbée au moment de sa formation.

Le livre de M. Berthelot n’est pas consacré seulement à ces données théoriques. La technique thermochimique, l’exposé des procédés d’investigation, y occupent une très grande place. On conçoit que, pour établir des lois, il faut des expériences très exactes et très précises. Mais les chimistes de profession sont peut-être les seuls qui puissent comprendre la difficulté des problèmes et l’ingéniosité des méthodes qui ont servi à les résoudre.

Il a fallu un labeur persévérant et tenace pour mener à bien une si longue œuvre : mais aussi le résultat obtenu n’est pas au-dessous des efforts qui ont été faits. Ce livre marque une étape dans la marche toujours progressive de la science. On peut dire que maintenant les lois qui régissent les combinaisons chimiques sont connues et peuvent être ramenées à un principe très simple. Grâce à ce principe, riche en déductions théoriques et en applications pratiques, la chimie n’est plus une science descriptive, elle tend à se rattacher aux sciences physiques. Certes la science de la chimie n’acquiert pas ainsi plus de certitude, aucune science ne peut avoir un plus haut degré de certitude que la chimie de Lavoisier ou de Berzelius ; mais elle devient plus profonde, plus pénétrante et, si l’expression était permise, plus scientifique. Qu’est-ce donc en effet qu’une science sinon l’explication des faits particuliers par une loi générale, unique dans son principe, mais dont les conséquences sont innombrables et font prévoir des faits inconnus ?

Ainsi les lois de la chimie peuvent se ramener aux lois-physiques. Les physiciens de ce siècle ont prouvé que la force était une, que les divers mouvemens, chaleur, électricité, pesanteur, ne sont que les modifications d’une même force inhérente à la matière ; voilà que, pour la chimie, cette conservation de la force est maintenant démontrée.