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Page:Revue des Deux Mondes - 1880 - tome 37.djvu/239

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triomphé, est exposé à rencontrer une opposition grandissante, armée de nouveaux griefs. On exploite contre lui ses témérités conquérantes et après tout assez stériles, aussi bien que les difficultés irlandaises. La récente campagne de M. Gladstone, la popularité renaissante de l’ancien chancelier de l’échiquier, un succès des libéraux dans une élection vivement disputée, tout indique un commencement d’évolution ou un certain ébranlement d’opinion qui pourrait mettre en péril le ministère anglais dans le prochain parlement. La Russie n’a traversé l’épreuve de la guerre d’Orient que pour retomber dans ses confusions intérieures, dans ces agitations révolutionnaires qui la troublent, qui défient les répressions. Il n’y a point sans doute à prendre trop au sérieux tous les bruits de dissentimens intimes entre l’empereur Alexandre et le tsarévitch sur ce qu’il y aurait à faire au sujet d’un changement de système politique. La première question est d’arriver à avoir raison de ces complots qui ont une organisation insaisissable, qui se manifestent par une sorte d’action méthodique, par des attentats sinistres, tantôt contre la famille impériale elle-même, tantôt contre les principaux représentans du gouvernement russe. L’Allemagne, malgré l’énergie de celui qui l’a créée et qui continue à la conduire, a sûrement, elle aussi, ses embarras, ses confusions intérieures. Elle ne sait pas trop où elle en est dans ses affaires, passant d’une direction libérale à une direction réactionnaire et protectionniste, changeant d’alliés comme de politique intérieure. Elle a l’avantage d’avoir pour guide un chef certainement supérieur ; elle a aussi les inconvéniens de cette primauté absorbante d’un homme qui semble donner à son œuvre un caractère exclusivement personnel. L’Autriche vient d’avoir beaucoup de peine à obtenir de ses chambres le vote du contingent militaire pour dix ans, et avec ses nouveaux desseins en Orient, elle n’est qu’au commencement d’une crise d’évolution qui lui coûte peut-être déjà la liberté de sa politique dans les affaires de l’Europe, qui peut lui ménager bien des péripéties inattendues. L’Italie, avec des institutions libérales, avec une monarchie populaire, passe par une phase de décomposition des partis, d’atonie morale où elle n’a ni une vraie majorité dans le parlement ni un ministère durable au pouvoir. C’est jusqu’ici le dernier mot du règne de la gauche au delà des Alpes, et l’exemple est digne d’être médité. L’Espagne enfin vient d’avoir, pour clore son année, une crise ministérielle et parlementaire assez sérieuse qui n’est peut-être même pas finie, qui s’est compliquée dès les premiers jours d’incidens inattendus et tout personnels de nature à l’aggraver.

C’est, dira-t-on, l’histoire de l’année qui finit, une histoire presque vieille déjà ! Tout s’éclaircira avec l’année qui s’ouvre, les problèmes les plus insolubles se résoudront d’eux-mêmes, les conflits seront apaisés ; tout le monde se tirera d’affaire, nous le voulons bien, — à moins