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arts, qui ont jeté tant d’éclat, en France, pendant les siècles derniers, avaient souffert pendant cinquante ans d’une sorte de dédain. Jugés et estimés d’après la dimension des œuvres qu’ils produisent, ils étaient comme tenus à distance par les artistes qui s’adonnaient au grand art. Une méconnaissance absolue de ce qui est leur essence les faisait considérer comme un diminutif de la sculpture. Certains sculpteurs s’y résignaient, mais n’en faisaient qu’à leur corps défendant. L’abandon de la gravure était sensible et l’attrait du prix de Rome fondé en 1808 pour l’encourager ne suffisait pas à provoquer des vocations : il est arrivé que le concours n’a pu avoir lieu, personne ne s’y étant présenté. Il faut attribuer en partie à la création d’un atelier spécial de gravure à l’École des beaux-arts la reprise dont nous avons à nous applaudir. Aujourd’hui nous avons un certain nombre de graveurs tous dévoués à leur art, tous s’y livrant, sans arrière-pensée, tous heureusement doués pour le pratiquer. Chacun de ces artistes a sa qualité dominante : M. Oudiné a la gravité des ordonnances : il continue l’école d’Ingres. M. Ponscarme excelle dans l’entente des plans, et son burin possède des artifices qui donnent à ses ouvrages une sorte décoloration. M. Chaplain a des compositions brillantes, un faire robuste et riche à la fois. Le talent de M. Alphée Dubois a de la grâce ; celui de M. Lagrange de la force et de la sûreté ; celui de M. Degeorge est fin et tend à l’exquis ; nous avons le regret qu’il ne soit pas représenté au Salon de cette année. D’autres talens plus jeunes et aussi très variés marchent à leur suite et assurent l’avenir.

Il est intéressant de voir à l’exposition par quelles, phases principales passent, les travaux des graveurs. Ce sont d’abord des modèles en cire, en plâtre, en métal. C’est ainsi que M. Ponscarme nous montre un certain nombre de médaillons : il les joint à la médaille qu’il a récemment terminée pour la Société d’économie politique, et qui porte, d’un côté Turgot, de l’autre Adam Smith. M. Daniel Dupuis expose aussi un cadre de très bons portraits, dont le relief soutenu et l’accent vigoureux rappellent l’art de Varin. Maintenant, voici les médailles : elle est belle, celle que. M. Chaplain a exécutée pour être donnée en récompense à l’exposition universelle ; elle est connue du monde entier : une Renommée plane sur le palais du Champs de Mars ; un Génie l’accompagne, portant un cartouche sur lequel est inscrit le nom du lauréat. L’idée est claire ; la composition est simple, mais l’exécution lui donne un air de fête. M. Alph. Dubois et M. Lagrange nous montrent, sous un nouveau module, les médailles qui sont décernées aux peintres et aux sculpteurs à l’occasion du Salon. Elles sont aussi bien connues ; mais nous ne voulons pas perdre l’occasion de louer le talent