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nous ignorions les conditions dans lesquelles doit se produire la sculpture en métal : le Mercure messager de M. Cugnot et la Fortune de M. Moreau-Vauthier prouvent au contraire que nous savons tout ce que la ténacité du métal permet de légèreté aux statues, tout ce que la couleur foncée du bronze, qui supprime le modelé, exige de perfection dans les contours. Mais nos bronzes gardent toujours quelque chose de lourd qui dépend de ce que les artistes sont incapables de donner aux formes le dernier fini au moyen de la ciselure. Ils s’en tiennent donc à peu près à la fonte qui, lors même qu’elle est obtenue par le procédé de la cire perdue, nécessite des retouches qui ne sauraient être bien données que par un sculpteur initié à la ciselure ou par un ciseleur qui serait sculpteur plus qu’à demi. Cette négligence qu’ont nos statuaires est d’autant plus singulière qu’ils s’exercent à l’envi à se rendre maîtres de toutes les matières dont l’art peut tirer parti. Non-seulement l’ivoire est chaque année représenté au Salon, non-seulement la terre cuite y fournit sans relâche un nombreux contingent, mais la cire, malgré ce qu’elle a de fragile, s’y produit par des essais de plus en plus intéressans. Jusqu’ici nous n’avions encore.vu que des bustes exposés autrefois par M. de Saint-Marceaux et plus récemment de jolis bas-reliefs de M. Gros, qui se distinguaient par leur coloris. Cette année nous avons à constater la présence à l’exposition d’une statue de cire colorée et de grandeur naturelle. Elle est l’œuvre d’un jeune sculpteur auquel elle a coûté bien du travail et bien des sacrifices et elle montre du talent. Mais ce qui semble résulter de cette tentative, c’est que dans la statuaire la couleur ne peut s’allier qu’à des formes idéales, ou de grand caractère, et au portrait ; venant s’ajouter à la simple réalité, elle lui donne nous ne savons quoi de fade ou de morbide, et dans ce cas une association d’idées involontaire reporte la pensée aux galeries anatomiques. La statue de M. Ringel fait naître ces réflexions et n’en peut absolument porter le blâme. Cependant le procédé par lequel elle est exécutée laisse le spectateur un peu froid, parce qu’autant qu’on en peut juger la cire a été coulée dans un moule. L’intérêt de ce travail consisterait beaucoup, ce semble, à ce qu’il parût vraiment sorti des mains de l’artiste. Au fond n’est-ce pas là en grande partie l’attrait de cet art complexe : avoir sous la main des cires diversement colorées comme un peintre a sa palette, les pétrir, obtenir en les mélangeant les tons que l’on souhaite, sentir naître à la fois sous ses doigts la forme et la couleur !

La grande activité de nos arts plastiques se manifeste depuis plusieurs années par la renaissance de la gravure en médailles et aussi, quoique avec moins d’éclat, de la gravure en pierres fines. Ces