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aux monumens de glorification que l’on érige sur les places publiques, aux figures qui représentent des allégories au qui sont faites à l’image des hommes illustres. Il est vrai que l’allégorie, qui exprime des idées proprement dites, ne rentre pas précisément dans le domaine de l’art, qui lui, n’admet d’autres conceptions que celles dont le sens se manifeste au moyen de représentations figurées ; mais elle peut prêter à de grands ouvrages qui, par les conditions qu’ils ont à remplir, touchent à ce que l’art a de plus élevé. D’autre part c’est un sentiment assez universel et qui a sa trace dans la plus haute antiquité que celui qui nous porte à consacrer par des images la ressemblance de certains hommes que nous voulons honorer. Égyptiens, Grecs et Romains ont tour à tour connu cet usage et l’ont pratiqué sous l’inspiration de leurs génies divers. Quant à nous modernes, nous ne sommes plus au temps où l’on essayait de représenter les grands hommes, même contemporains, dans un état de nudité plus ou moins complet. Ces tentatives faites à l’imitation de l’antiquité classique ont été souvent renouvelées depuis deux cents ans sans jamais réussir à se faire accepter. Notre goût y répugne. Le nu est trop contraire à nos habitudes et en dépit des théories nous ne pourrons jamais nous élever si haut dans l’ordre des abstractions. D’ailleurs, l’histoire, qui domine aujourd’hui si fort sur l’esthétique, nous éloigne de l’idéal absolu : elle nous rappelle à ce qui, pour elle, est la vérité. Dans ces conditions la statue honorifique constitue un genre difficile à traiter. Indépendamment de l’observation des lois de composition, nous dirions volontiers de construction, qui la régissent et qui relèvent de L’architecture, elle doit mettre en relief la personnalité d’un homme prise dans son intégrité. C’est l’être physique et la nature morale du sujet qu’il faut nous montrer en marquant avec précision le trait propre de son activité. N’oublions pas que l’image est complétée par un piédestal qui concourt à son expression, mais aussi maîtrise son mouvement. En définitive, c’est un portrait qu’il faut faire, mais aussi c’est un jugement qu’il s’agit de formuler, jugement digne de l’histoire et qui, à raison du moyen dont on dispose, doit être de la plus rigoureuse concision. Par l’action qu’elle comporte, l’œuvre a quelque chose de dramatique, et le personnage se trouve dans la condition d’un acteur qui devrait résumer tout un rôle par une attitude de son corps et par une expression de ses traits.

Parmi les ouvrages de ce genre qui sont au Salon, l’un de ceux qui nous semblent le mieux répondre aux considérations que nous venons d’émettre est la statue d’Arago. A la vérité, nous entendons dire aux personnes qui ont approché l’illustre savant que la tête