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complète, l’objet que l’on se proposait était d’empêcher les édifices reconnus d’intérêt national d’être anéantis, de subir des restaurations qui en altèrent le caractère, de veiller sur eux, après avoir exproprié leurs détenteurs du droit de les détruire ou de les dénaturer. A partir de 1837, l’organisation nouvelle fut complète et des crédits lui furent libéralement affectés.

Le service des Monumens historiques poursuit son œuvre, et l’esprit des Vitet et des Mérimée continue de l’inspirer. Cette année, l’exposition ne contient pas moins de vingt projets qui soient destinés à ses archives. Nous mettons au premier rang la restauration des murailles de Guérande : M. Paul Bœswillwald, aux soins de qui elle est confiée, l’a présentée avec beaucoup de talent. Nous ne pensons pas que les murs fortifiés de Guérande soient destinés à être restaurés intégralement comme les enceintes de Carcassonne et d’Avignon. La municipalité, croyons-nous, voudrait voir au moins rétablir la porte Saint-Michel pour s’y installer. Tout le reste du travail serait donc une restitution dans le genre de celle des pensionnaires de l’état, mais avec cet avantage d’être pour une exécution ultérieure comme une pierre d’attente. Les dessins de M. P. Bœswillwald sont ordonnés à merveille. La restauration étant sur la même feuille que l’état actuel, on peut toujours les comparer et retrouver sur la ruine la trace des dispositions que l’auteur propose de faire revivre. Guérande, assise sur un plateau, dont elle suit le contour, a été fortifiée au XIVe siècle. Son enceinte, défendue par onze tours et quatre portes, est construite en granit. Prise d’assaut plusieurs fois, la fortification a subi, particulièrement au XVe siècle, des modifications qui sont visibles à la porte Saint-Michel. C’est en grande partie à cette porte que s’attache l’intérêt du travail de M. Bœswillwald, puisqu’il s’agirait de la restituer ; on y ajouterait comme complément les murs qui sont à droite et à gauche, avec les deux premières tours dont ils sont flanqués. Dans la restauration, l’architecte a dégagé le chemin de ronde de la plate-forme supérieure des tours de la porte et rendu leur figure au couronnement et aux toits. Attirons aussi l’attention sur la porte de Saille, la plus ancienne de toutes et qui reparaît ici avec sa physionomie primitive et munie comme autrefois de ses hourds, percés de meurtrières et de mâchicoulis.

Digne élève de son père, talent de race, nourri de toute la science de l’école de M. Viollet-Leduc, M. P. Bœswillwald procède avec une sûreté déjà magistrale. Il a vivement saisi le caractère général de l’époque à laquelle appartient l’enceinte de Guérande ; chez lui la science des détails et l’esprit d’induction sont également