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dispositions, de son ordonnance et même de sa construction. C’est un travail qui met en jeu toutes ses facultés, qui fait appel à tout son talent. Ces évocations du passé tiennent à la fois à l’histoire et à l’esthétique, et grâce au progrès des sciences historiques, les études dont elles relèvent présentent tous les caractères de la certitude. Jamais on n’a envisagé la théorie de l’architecture avec plus d’ampleur, jamais les périodes que l’art de bâtir a traversées, jamais les formes qu’il a créées n’ont été mieux connues. Les grands artistes de la renaissance s’étaient adonnés avec passion à connaître l’architecture des anciens et à s’en approprier les formules : ils s’étaient plus appliqués à déterminer la proportion des ordres qu’à retrouver le plan des édifices. Leur génie absolu cherchait la vérité dans des moyennes dont l’adaptation pouvait être en quelque sorte courante. Ils étaient moins sensibles que nous aux variations qu’un même type a subies suivant ses applications et selon l’époque à laquelle il a été employé. Aujourd’hui les questions de chronologie et celles que soulève la transformation des styles sont creusées avec passion ; les plans, les ordonnances, la décoration des monumens sont étudiés avec un zèle égal, et les travaux de restauration portent sur l’ensemble des données architectoniques.

Le premier foyer de cette sorte d’études a été l’Académie de France à Rome. Dès l’origine de cette institution, Colbert avait inscrit dans ses statuts que les pensionnaires du roi seraient tenus de faire des élévations des plus beaux monumens de Rome et des environs. Cette idée, d’abord négligée dans sa réalisation, fut reprise par l’Académie royale d’architecture, particulièrement depuis 1778 jusqu’en 1790. L’Académie des beaux-arts de l’Institut l’a développée au moyen de règlemens précis auxquels il n’est que très rarement dérogé. En conséquence, tous les ans celui des pensionnaires architectes qui est arrivé à la fin de son séjour à la villa Médicis envoie la restauration d’un monument antique. Tous ces travaux restent la propriété de l’état, qui a commencé à les publier. Le sujet peut en être pris en Italie, en Sicile, en Grèce. Précédemment ils n’étaient connus que des personnes qui suivent l’exposition des envois de Rome ; mais depuis quelque temps leurs auteurs ont pris le parti de les exposer au Salon. Si c’est chez eux un usage, il est excellent, car c’est ainsi que cette année M. Lambert nous soumet sa Restauration de l’Acropole d’Athènes.

L’Acropole d’Athènes a souvent été l’objet d’études importantes, et depuis David Leroy, à qui nous devons le premier ouvrage sur l’architecture grecque, bien des savans et bien des artistes ont trouvé dans ses ruinés une occasion de se faire honneur. Maintenant