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est venue l’idée de laisser à des juges spéciaux le soin d’apprécier ses œuvres. Mais, dans un art aussi communicatif et dont le développement est tellement considérable, il y a une vie générale, des transformations, des résultats dont la signification est accessible à tous les esprits et qui sont, dirions-nous, du domaine public : c’est à cela que nous pensons pouvoir nous attacher ici. Une simple et rapide revue des divers objets auxquels se réfèrent les dessins exposés au Salon ne peut être un empiétement ; en tout cas elle ne saurait être inutile. Que désirons-nous en définitive ? Appeler l’attention sur une partie de l’exposition par trop négligée du public. Les dessins d’architecture sont d’habitude assez mal placés. Le visiteur, habitué à les considérer comme lettre close, bien loin de chercher à en pénétrer le mystère, se hasarde à peine dans la galerie qui leur est réservée. Cependant il y en a de très intéressans, ne fût-ce qu’au point de vue de la représentation des édifices et même du simple lavis ; il y en a qui ont vraiment du charme. Le dessin d’architecture tel qu’on l’entend maintenant est chose récente. Rehaussé comme il l’est par une aquarelle savante qui réalise une sorte de compromis entre la convention géométrale et la vérité pittoresque, ce dessin peut avoir sa beauté ; c’est d’ailleurs un produit français de la fin du XVIIIe siècle. Jusque-là on s’était contenté d’un trait précis, coté avec exactitude, et légèrement massé avec de l’encre de Chine ou du bistre. Aujourd’hui les projets d’architecture, jusque dans leurs moindres détails, sont animés d’un coloris qui ne peut sérieusement se justifier que lorsqu’il s’agit de décoration ou de polychromie ; mais dans ce travail, dont on peut contester la juste appropriation, il se déploie beaucoup de talent.

Parmi les travaux envoyés au Salon par les architectes, les premiers dont nous ayons le devoir de nous occuper sont les projets de restauration d’après les monumens antiques. Ils forment un ordre d’études qui est essentiellement classique et dont les résultats peuvent quelquefois avoir la valeur de créations véritables. Prendre un édifice en ruines, le mesurer et le dessiner dans son état actuel en s’attachant jusqu’à ses moindres débris, pratiquer des fouilles pour rechercher ses parties disparues, consulter les écrivains qui peuvent l’avoir vu dans son intégrité et partir de là pour le restituer de toutes pièces dans son plan, dans son élévation, dans son décor, c’est une œuvre multiple dans laquelle interviennent à la fois l’esprit de recherche et la critique, la science et l’imagination. Pour tout le monde, ce semble, il est curieux au moins de voir revivre un monument célèbre dans une image qui nous le rend avec sa physionomie native. Pour l’architecte, l’intérêt aura consisté à se trouver aux prises avec un chef-d’œuvre, à pénétrer le secret de ses