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En un mot, le résultat définitif, c’est d’accroître dans l’enceinte d’un même pays la prospérité des contrées, des territoires favorisés par la nature, au détriment des contrées, des territoires qui ne jouissent pas des mêmes avantages.

Ces propositions sont évidentes.

Ces notions sont élémentaires.

Soit maintenant, au lieu et place du pays dont il s’agit, l’Europe entière, toute la chrétienté ; soient, au lieu et place des provinces entre lesquelles ce pays est partagé, les différens états, les différentes nations indépendantes de l’ancien et du nouveau monde, le résultat sera le même, bien que sur une plus grande échelle ; le résultat sera le même quant à la tendance générale du mouvement économique, et sauf les raisons d’exceptions que nous apprécierons tout à l’heure.

Si nous supposons que ces états conviennent de supprimer les lignes de douane qui les séparent, d’établir entre eux la liberté du commerce, ou la théorie a deux poids et deux mesures, ou le résultat définitif doit être une nouvelle distribution du capital et du travail européen et autre, un grand déplacement des forces industrielles et de la population laborieuse, dans l’ancien et le nouveau monde.

Le capital et le travail, artificiellement répartis entre les états par le cours des événemens, artificiellement parqués dans l’enceinte de chaque état par les lignes de douane et le système prohibitif, artificiellement appliqués ainsi à des territoires relativement improductifs, artificiellement engagés dans des entreprises relativement infructueuses, émigreront, dans l’hypothèse dont il s’agit, des pays peu favorisés par la nature vers ceux qui le seront davantage ; les premiers dépériront, se dépeupleront graduellement ; les derniers croîtront plus ou moins rapidement en richesse, en population, et s’il est vrai, comme le dit Adam Smith, qu’en politique richesse soit l’équivalent de puissance, l’équilibre entre les états en sera plus ou moins altéré ; tel pays qui compte pour beaucoup aujourd’hui verra diminuer son influence, son importance relative ; tel autre deviendra le satellite d’un voisin dont il est maintenant indépendant.

L’humanité y gagnera.

L’ensemble des richesses produites dans le monde civilisé sera plus considérable ; les capitaux dépaysés obtiendront des bénéfices plus élevés ; la condition des populations transplantées sera meilleure, ; mais les avantages attachés à cette révolution économique seront exclusivement recueillis par les pays fertiles et bien situés ; les autres y perdront en richesse, en population, en puissance ; les autres se couvriront de ruines et verront leurs campagnes