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analogues se sont produits au fort de Bicêtre où furent enfermés les pauvres dominicains. Léo Meillet en était gouverneur, et Nicolas Thaller sous-gouverneur. Voici un extrait du rapport en date du 23 au 24 mai 1871 : « Faits de guerre. Le nommer Mathieu détenu à une heure du matin. Livrée à la justice à six heures du matin et fusilla d’après les ordres militaire. Le chef de poste : SAJOT. » Quant aux préparatifs faits pour évacuer le fort, il est facile de les reconstituer par les deux lettres suivantes : « Bicêtre, ce 24 mai 1871. Mon général, à dix heures du soir, les Hautes-Bruyères, le moulin Sacquet et les barricades sauteront, si vous l’ordonnez ; je ferai atteler tout ce que j’ai d’artillerie disponible et j’en ferai accompagner les bataillons. J’attends vos ordres avec la plus grande impatience. L’avis de la majorité des chefs de bataillon est de rentrer dans Paris pour tâcher de prendre une vigoureuse offensive. Réponse immédiate, je vous prie. Salut et fraternité : LEO MEILLET. » La réponse ne se fit pas attendre : « J’approuve parfaitement votre projet, et moi je suis décidé de tenir et de me battre jusqu’au dernier. Notre position, en somme, est telle que, bien défendue, elle nous assure la victoire. Salut et fraternité. Le général commandant l’aile gauche : WALERY WROBLESKI. » Que l’on fasse sauter les forts, les redoutes et les barricades, on peut le comprendre en temps de guerre, mais en quoi des assassinats, en quoi la mort d’un pauvre employé de chemin de fer, en quoi ces crimes que rien ne parviendra jamais à justifier, pouvaient-ils être utiles à la commune et retarder, fût-ce d’une seconde, sa chute inévitable ? Les fédérés, leurs chefs, leurs législateurs, en commettant tous ces méfaits sans but, comme sans motifs, n’ont-ils pas couru au-devant des représailles qu’ils ont si violemment reprochées à l’armée française ? Comment ne sentent-ils pas, s’il leur reste un peu d’équité dans l’âme, qu’ils s’étaient résolument mis eux-mêmes hors la loi, et que la poursuite de leur chimère sociale les a entraînés à des actes qui les rejettent en deçà de la race humaine ? Qu’ils frappent isolément ou en groupe, qu’ils aient ou n’aient pas de simulacre de justice, ils sont odieux, car ils atteignent des innocens qui ont vécu en dehors de leurs billevesées malfaisantes, et qui ne les ont même pas discutées. On dirait qu’ils ont rêvé l’extermination universelle et que, disparaissant, ils ont voulu que tout disparût avec eux. C’est ce bas sentiment de vengeance et d’envie qui bien souvent les a guidés et qui les a poussés à un des forfaits les plus abominables que l’on connaisse, à l’assassinat du pharmacien Dubois. C’était un homme qui avait quelque fortune et qui vivait dans un quartier où la révolte trouva ses meilleurs, ses plus cruels auxiliaires. Dans cette partie du XIIIe arrondissement, qui est sertie comme un triangle entre le boulevard d’Italie, l’avenue d’Italie et les