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est frappée subitement de paralysie partielle. Il dénonce des complots versaillais, et vend, par distraction, un châle de cachemire, qui avait été déposé, comme objet en litige, dans le commissariat dont il s’était emparé. Ce ne sont là que des plaisanteries ; mais voici qui devient plus grave. Le 21 avril, une demoiselle L. meurt à la maison municipale de santé de la rue du Faubourg-Saint-Denis. Notre commissaire de police est requis d’avoir à mettre les scellés sur les objets et les valeurs appartenant à la défunte et qui font partie de sa succession. Il s’acquitte régulièrement de la tâche, et constitue l’économe de la maison gardien des scellés. Le 22 mai, dans la soirée, voyant que l’armée française gagnait du terrain, il pensa aux mauvais jours qui pouvaient survenir et songea qu’il était prudent de se pourvoir afin défaire face à des difficultés probables. Il se rendit à la maison municipale de santé, et il prit dans la succession de Mlle L. une cassette, — sous scellés ; mis par lui-même, — qui contenait de l’argent, quelques bijoux et des titres pour une valeur d’environ 25,000 francs. L’économe fit de très sérieuses observations, le commissaire répondit : « La commune agit révolutionnairement, c’est son droit ; du reste cette succession est en déshérence, et dans les circonstances actuelles on ne peut remettre les affaires au lendemain. » L’économe, qui sentait sa responsabilité compromise argumentait et citait les articles 111, 112, 113, 114 du code civil. Le commissaire s’en souciait peu ; il ceignit son écharpe rouge et fit appeler le directeur. Celui-ci était un agent de la commune ; il approuva le commissaire, qui emporta la cassette. Ce commissaire prévoyant a affirmé depuis qu’il n’avait fait qu’obéir aux instructions du directeur de l’Assistance publique, et aux ordres de Ferré, alors délégué à la sûreté générale ; on serait imprudent de le croire, et l’on fera mieux de penser qu’avec cette succession — en déshérence — il a acheté sous un faux nom le cabinet d’affaires où il à été arrêté en juillet 1872.

Les commissaires de police de ce temps-là avaient une façon à eux d’arranger les affaires officieuses qui prouve en faveur de leur imagination. Trois marchands : de charbon, ne pouvant tomber d’accord sur le prix auquel les uns avaient vendu et les autres avaient acheté une assez importante livraison qu’ils attendaient, vont trouver le commissaire de leur quartier, lui racontent leur différend tout en buvant chopine et le prient de vouloir bien les « concilier. » Le commissaire les écoute attentivement, apprend que les charbons sont en gare, demande le récépissé du chemin de fer, promet aux trois plaignans d’examiner leur affaire avec soin, puis ordonne de les arrêter, et les expédie au dépôt près la préfecture de police : propos, réactionnaires. Cette première précaution prise, il se fait délivrer les charbons en litige, les vend, met 1,004 francs