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son cabinet, il trouva le livre de dépenses de son prédécesseur, et l’utilisa pour lui-même ; on y lit : « 16 mai ; chevaux pour Thiers, — 75 francs. — 17 mai, pourboire, déménagement Thiers, 15 francs. — 19 mai, frais de voiture du déménagement Thiers, 70 francs. » Ses papiers n’ont point été perdus, et l’on peut y faire quelques découvertes intéressantes. Non-seulement il était directeur des domaines, mais il avait droit d’ordonner des arrestations, semblable en cela, du reste, à tous les porte-galons du moment. Fontaine paraît avoir tenu à ce que les arrestations provoquées par lui fussent « légales ; » à cet effet, il avait reçu de Raoul Rigault un certain nombre de mandats d’amener en blanc ; il n’avait qu’une date et un nom à y inscrire pour les rendre exécutoires. Parfois, le mandat est libellé ; seule la date a été intentionnellement omise ; Fontaine en fera usage selon les circonstances. Ce cas spécial se présente pour M. d’Entraigues, qualifié de : « secrétaire du général Rollin, directeur de la lingerie impériale. » En qualité de délégué à la sûreté générale, Raoul Rigault a signé ce mandat, qui est donc antérieur au 25 avril, et qui ne fut pas exécuté, car j’en retrouve la minute. M. d’Entraigues n’en fut pas moins arrêté le là mai, pour avoir refusé de livrer du linge à la concubine d’Emile Eudes, et transféré le lendemain à la prison de la Santé par ordre d’Edmond Levraud.

Je ne crois pas que Fontaine ait abusé de la faculté qu’on lui accordait de faire opérer des arrestations, il se contentait d’exécuter les instructions de la commune en ce qui concernait les ministères et les grandes administrations publiques. On voit là le mode de procédé qui était fort simple : « Ordre est donné au citoyen Fontaine, directeur des domaines et du timbre, de faire enlever l’argenterie des Invalides, et de la faire transporter à la Monnaie pour être confiée aux soins du citoyen Camélinat pour être transformée dans le plus bref délai. Paris, le 17 avril 1871. Le membre de la commune délégué aux finances, E. Varlin. Vu et approuvé, la commission exécutive : É. Tridon ; Avrial. » Ordre analogue pour l’Hôtel de Ville, pour les ministères de la marine, de l’intérieur, du commerce, des affaires étrangères, pour la direction des lignes télégraphiques. La préfecture de police semble échapper à la spoliation. Du moins, je n’aperçois qu’une lettre par laquelle Edmond Levraud prie le citoyen Fontaine de donner copie de l’inventaire du mobilier (argenterie, linge et matériel de table) qui se trouve à la préfecture. Lorsqu’il était muni d’un de ces ordres, Fontaine se rendait au ministère désigné, et pour ce genre d’expéditions, il se faisait accompagner d’un commissaire de police spécial, nommé Mirault, qui était un ancien cafetier condamné pour vente de denrées falsifiées et failli. La commune n’était point difficile sur le choix de