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momens où la sincérité est manifeste, car, reprenant son sang-froid, il tentait à d’autres jours de se représenter comme satisfait de son maître et de son service, et de laisser son fils dans l’ignorance de ses mécomptes. Peut-être était-il plus fait pour servir le Bonaparte simple, serein, sobre, spirituel, et encore nouveau aux plaisirs de la souveraineté, que le Napoléon blasé, enivré, qui apporta plus de mauvais goût dans sa représentation, et se montrait chaque jour plus exigeant en fait de cérémonial et de démonstrations adulatrices.

Une circonstance, futile en apparence, dont les intéressés ne comprirent pas tout de suite la gravité, augmenta les difficultés de cette situation et hâta un éclat inévitable. Quoique l’histoire en soit un peu puérile, on ne la lira pas sans intérêt, et sans mieux connaître ce temps, heureusement loin de nous, et que les Français ne verront pas renaître, s’ils ont quelque mémoire.

L’illustre Lavoisier était fort lié avec M. de Vergennes. Il mourut, comme on sait, sur l’échafaud, le 19 floréal an II (9 mai 1794). Sa veuve, mariée en secondes noces avec M. de Rumford, savant allemand ou du moins industriel visant à la science, inventeur des cheminées à la prussienne et du thermomètre qui porte son nom, était restée dans les relations les plus étroites avec Mme de Vergennes et ses enfans. Ce second mariage n’avait pas été heureux, et c’est du côté de la femme que très justement se tourna la compassion du monde. Elle eut besoin d’invoquer l’autorité pour échapper à des tyrannies, à des exigences tout au moins intolérables. M. de Rumford étant étranger, la police pouvait prendre des renseignemens sur lui dans son pays, lui adresser des remontrances sévères, même l’obliger à quitter la France. C’est, je crois, ce qui fut fait. M. de Talleyrand et M. Fouché s’y étaient employés à la demande de ma grand’mère. Mme de Rumford voulut remercier les deux premiers, et voici comment mon père raconte les résultats de cette reconnaissance :

« Ma mère consentit à donner à dîner à Mme de Rumford avec M. de Talleyrand et M. Fouché. Ce n’était pas un acte d’opposition que d’avoir à sa table le grand chambellan et le ministre de la police. C’est cependant cette rencontre assez naturelle, assez insignifiante par son motif, mais qui, j’en conviens, était insolite et ne s’est point renouvelée, qui fut représentée à l’empereur dans les rapports qu’il reçut jusqu’en Espagne comme une conférence politique, et la preuve d’une importante coalition. Que Talleyrand ou Fouché s’y soient prêtés avec un empressement qu’ils n’auraient pas eu dans un autre temps, qu’ils aient profité de l’occasion pour causer ensemble, que même ma mère, entrevoyant la disposition respective de ces deux personnages, ou mise sur la voie par quelque propos