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que l’aorte se termine par des artères et non par des nerfs, comme le croyait Aristote. Avec deux ou trois expériences mieux faites, Galien aurait peut-être découvert la circulation ; en tout cas c’est celui qui, avant Servet, s’est rapproché le plus de la vérité. Tout le moyen âge vivra sur les paroles de Galien. On ratiocinera sur ses expériences, mais on ne les répétera pas et on n’en fera pas de nouvelles.

III.

C’est au XVIe siècle, en ce grand siècle de la renaissance, que fut découverte la circulation du sang : en 1553 parut le fameux ouvrage de Servet. Il faut cent ans pour que la découverte soit complètement divulguée ou acceptée. Harvey meurt en 1649 sans avoir pu convaincre tous ses adversaires [1].

Servet s’appelait peut-être Michel de Villeneuve, peut-être Michel Reves. Toute son histoire est obscure : on a fait l’ombre sur lui. Il naquit en Aragon, mais étudia en France, à Toulouse, à Lyon, à Paris. Son livre date de 1553. Il n’en reste plus, dit-on, que deux exemplaires, l’un à la Bibliothèque nationale, l’autre à Vienne. Dans ce livre de théologie, il y a un passage que Flourens a reproduit, et où la circulation du sang est nettement indiquée : A dextro ventriculo, longo per pulmones ductu, agitatur sanguis, a pulmonibus præparatur, flavus efficitur, et a venâ arteriosa in arteriam venosam transfunditur. Ille itaque spiritus vitalis (sang artériel) a sinistro cordis ventriculo in arterias totius corporis deinde transfunditur.

On conçoit l’importance historique de ce passage. Soixante-dix ans avant Harvey, la circulation est formellement indiquée, et cependant en général on dénie la gloire de cette découverte à Michel Servet. Il faut savoir jusqu’à quel point cette défaveur est justifiée. La question peut se résumer ainsi : la découverte de Servet a-t-elle eu de l’influence sur l’œuvre de Harvey ? La réponse à cette question n’est pas douteuse. Oui, c’est le livre de Servet qui a inspiré Vésale, Colombo, Césalpin et Harvey.

D’abord il est impossible que tous les exemplaires du livre de Servet soient restés absolument inconnus du vivant de Servet. La Christianismi Restitutio, imprimée en 1553, existait déjà manuscrite en 1546, et sans doute l’auteur, dans ses voyages à Bâle, à Paris, à Lyon, surtout à Padoue, dut montrer le manuscrit à ses amis et à ses maîtres en anatomie.

  1. Sa réponse à Riolan date de 1646.