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pour voir s’il reconnaîtrait Soubise; il ne le reconnut point ou feignit de ne le point connaître.

Les massacres d’Amboise, les inquiétudes qu’éprouvait Soubise pour sa propre sûreté, peut-être aussi cette générosité qui entraîne les belles âmes vers les causes malheureuses, hâtèrent le renoncement public de Soubise à la vieille religion. Sa femme s’était déjà déclarée de la nouvelle et longtemps avant l’entreprise d’Amboise elle faisait prêcher chez elle. Soubise avait toujours aimé la cour; son biographe nous fait deviner qu’il en avait trop goûté et savouré les plaisirs ; il aimait plus tard à citer le mot de Thémistocle : « J’estois perdu si je n’eusse esté perdu. » Il n’avait pourtant pas encore ouvertement abjuré quand M. le prince fut fait prisonnier à Orléans. La reine l’avait mandé dans cette ville et lui avait promis sécurité, Mme de Montpensier [1] lui avait écrit aussi d’y venir. Quelque danger qu’il pût courir en allant, pour ainsi dire, se livrer aux Guise, il partit; il apprit en route, à Châtellerault, la mort du jeune roi François qui rendait la liberté à Condé et ôtait le pouvoir aux princes lorrains.

Catherine de Médicis se sentait elle-même délivrée; l’histoire la représente à ce moment penchant vers les calvinistes, les protégeant, et s’en servant pour se protéger elle-même. Crut-elle sincèrement qu’elle pourrait réconcilier l’ancienne et la nouvelle foi, obtenir du pape une réforme catholique, ramener l’hérésie repentante dans le giron d’une église corrigée? On la peint volontiers sceptique, indifférente, aussi insouciante de la messe que du prêche. Les efforts sérieux qu’elle fit pour retenir Soubise, qu’elle aimait, dans le catholicisme, ne permettent guère de croire à tant de mollesse intellectuelle. Quand Soubise lui annonça loyalement son dessein d’abandonner la messe, il n’y eut rien qu’elle ne lui dît pour l’en empêcher : elle lui promit les plus grandes charges du royaume, lui offrit de le faire gouverneur du jeune roi Charles, capitaine des gardes; Mme de Montpensier joignit ses instances à celles de la reine. Le voyant tout à fait résolu, la reine « luy dit qu’elle le priait de faire que ses subjects ne s’assemblassent pour le presche que de nuict. » Il répondit qu’il ne pouvait les contraindre. « Eh bien donc, dit la reine en haussant les épaules, faites comme vous l’entendrez. »

Elle ne laissa pas de lui envoyer au Parc, où il se retira, l’ordre de Saint-Michel, comme pour l’inviter à revenir. Elle était inquiète de l’ardeur des Guise et cherchait des amis. Après le massacre de Vassy (1er mars 1562) elle prit tout à fait peur. Soubise apprit l’événement à Fontainebleau, où il était allé pour remercier le roi. Il fit de grands efforts pour gagner complètement la reine au

  1. Jacqueline de Longwy.