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Frappe de ta lance, Olivier, et moi de Durendal,
La bonne épée que me donna le roi.
Et si je meurs, qui l’aura pourra dire :
C’était l’épée d’un brave.


Quand le cri de Roland serait plus fier, plus généreux encore, qui ne conviendra qu’il perd toute sa beauté dans l’étrange cacophonie de l’original :

Se jo i moerc, dire poet ki l’avrat
Que ele fut à nobilie vassal.


Et que l’on ne dise pas que nous avons la partie belle, à juger ainsi d’une oreille moderne une langue dont nous ne connaissons pas ni ne pouvons connaître l’exacte prononciation. Prononçons-nous donc le latin comme à Rome, ou mettons-nous sur les mots du grec l’accent des fruitières d’Athènes ? Je défie cependant qu’une oreille, même inexercée, méconnaisse le nombre d’une période cicéronienne ou l’harmonie de vingt vers d’Homère.

En second lieu, rien de plus monotone que la versification de ces interminables poèmes et rien de traînant comme ces couplets « assonances, » comme ces « laisses » inégales où le rythme s’en va cahotant, où les consonnes se heurtent et s’entrechoquent avec un bruit de mauvais allemand, où le nombre même des vers ne semble avoir d’autre limite que la longueur d’haleine du jongleur. Je ne sais si l’on peut, avec les docteurs germaniques, tout fiers de leur ïambe de cinq pieds non rimé, considérer comme un « malheur national » pour les Français que leur langue poétique n’ait jamais pu réussir à se débarrasser de l’alexandrin. Jamais du moins l’hexamètre classique, l’alexandrin monotone, avec son double hémistiche et sa double césure, l’alexandrin avec sa rime, l’alexandrin de Campistron lui-même, n’exaspéra l’oreille par une plus impitoyable uniformité que le décasyllabe de l’épopée du moyen âge.

Dex, dit Guillaumes, biau père esperital,
Qui en la Virge préistes votre ostal,
De li nasquistes au saint jor del Noual…..
Si come c’est voirs, si aidiés vo vasal,
K’encore voie Guiborc au cuer loial,
Et Loéis, l’enperéor roial,
Et Aimmeri, mon chier père carnal,
Et Ermengart, la france natural
Et mes chiers frères ki sent enperial…


Il continuerait encore, si nous n’arrêtions ici la citation. Nous l’empruntons à cette chanson d’Aliscans, que l’on a proclamée « de toutes nos chansons la plus importante et la plus belle après la