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jaloux qu’ils étaient de l’influence prise par les ministres, par le chancelier, par Villeroy et par le président Jeannin. Le mécontentement de Condé datait déjà de loin. A la fin de 1610, il avait demandé à la reine mère le Château-Trompette et Blaye et s’était plaint de n’avoir pas assez de part aux affaires d’état ; le conseil disposait sans lui de toutes les charges et pensions, et réglait le paiement des gens de guerre, l’état des garnisons, etc. Le 19 décembre, il était parti pour Valéry, disant qu’il ne retournerait à la cour qu’avec le comte de Soissons. Ses plaintes furent écoutées ; la reine lui avait donné le comté de Clermont et 200,000 écus pour payer ses dettes. Il eut le gouvernement de la Guienne et se rendit dans cette province (juin 1611) ; on lui fit des entrées à Poitiers, à Saint-Jean-d’Angely ; il avait pris la route du Limousin et du Périgord pour se rendre à Bordeaux sans rencontrer d’Épernon, qui l’attendait avec force noblesse à Saintes.

Le conseil avait fait connaître le 26 janvier 1612, en présence des princes, le projet de traité au sujet des mariages du roi et de Madame avec le prince et avec l’infante d’Espagne. Condé se plaignit que son avis n’eût pas été pris avant que la résolution des mariages eût été rendue publique.

Villeroy et don Inigo de Cardenas signèrent, le 30 avril 1612, le traité du double mariage espagnol ; le même jour ils signèrent à Fontainebleau un traité d’alliance défensive entre l’Espagne et la France, abandonnant ainsi la cause des Provinces-Unies et la politique d’Henri IV. La France catholique, qui n’obéissait plus aux passions de la ligue, fut blessée de cette trahison faite à la mémoire d’un roi bien aimé et à ses propres intérêts.

Le 26 mai 1612 ceux de la religion ouvrirent un synode national à Privas, en Vivarais, sans rencontrer d’opposition, parce que ces synodes n’étaient pas contraires à l’édit de Nantes. On y traita fort mal le ministre Ferrier, qui à Saumur avait été de la cabale du duc de Bouillon. Le synode de Privas, sous couleur de traiter de simples matières ecclésiastiques, fit une œuvre demi-politique ; il divisa les provinces en cercles, donna à chaque cercle un conseil et établit des correspondances permanentes entre ces conseils. On créait ainsi une façon de gouvernement sinon occulte, au moins indépendant des officiers royaux, et tout prêt, en cas de troubles, à organiser une résistance.

Le gouvernement, inconséquent et sans force, inquiet d’ailleurs du prince de Condé, dont le nom ralliait tous les mécontens, ferma les yeux sur tout ce qui se fit à Privas. En même temps, il tourmentait les protestant et les exaspérait par ses injustices.