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la garnison catholique eut la permission de garder ses armes et ses bagages. Des soldats huguenots dépouillèrent pourtant individuellement les soldats catholiques qu’ils allaient attendre à quelque distance malgré les remontrances « que Pontivy et autres chefs y sceussent avancer ; encor que ce general en tuast deux ou trois en la présence de tous. »

Tels sont les tristes effets des guerres civiles ! Le sieur de Teligny, au commencement de ces guerres, vantait à Coligny l’ordre admirable de l’armée huguenote, où l’on n’entendait pas un blasphème, qui ignorait la picorée, qui ne connaissait ni le jeu, ni la débauche. « C’est voirement une belle chose, dit Coligny, moyennant qu’elle dure ; mais je crains que ces gens-là ne jettent toute leur bonté à la fois, et que d’ici à deux mois il ne leur sera demeuré que la malice. J’ai commandé à l’infanterie longtemps et la connois, elle accomplit souvent le proverbe qui dit : de jeune hermite, vieux diable[1]. »

La paix fut faite à peu de temps de là, le 8 août 1570, à Saint-Germain-en-Laye. La guerre avait duré bien près de deux ans : pendant ces années troublées de 1568, 1569, les protestans bretons étaient allés encore en foule chercher un asile à Blain, non que le seigneur de Blain fût un vaillant défenseur ou que sa place fût très forte, mais « sa naissance, dit Le Noir de Crevain, mettait à l’abri des dangers sa personne et ceux qui se réfugièrent sous son ombre. » Le roi l’avait pris sous sa protection et lui avait accordé une sauvegarde pour toutes ses terres.

Jean de Rohan se trouvait à Paris au moment du massacre de la Saint-Barthélémy. « Il était allé à Paris, dit Le Noir de Crevain, aux noces royales. La veille de la Saint-Barthélémy, il sortit de Paris avec le vidame de Chartres, le comte de Montgommery et plusieurs autres, préférant l’air du faubourg, par soupçon ou autrement. La nuit, ayant entendu le tocsin et le bruit de la ville, ils entrèrent en conseil… (Ici le manuscrit de Le Noir de Crevain a des interruptions)… Ils demeurèrent sur le bord de la rivière de Nesle jusqu’au grand jour. Plusieurs… leur sauvèrent la vie, entre antres le duc… courant aux portes à cheval, pour sortir et les emmener, ne le put, à cause que le portier, n’ayant pas toutes les clefs qu’il fallait, fit perdre l’occasion en retournant chercher les autres ; et le roi, par impatience, leur ayant fait tirer quelques arquebusades leur apprit qu’ils devaient penser à la retraite, non pas à l’entrée ; ce qu’ils firent ayant à dos le duc de Guise, jusqu’à Montfort, mais sans les atteindre. Ainsi M. de Frontenay porta ou envoya les tristes nouvelles

  1. La Noue, édition de Genève, p. 575.