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vient enfin d’être livrée à l’examen de la chambre, elle est assez compliquée et elle n’a certes rien d’excessif ; elle reste loin du suffrage universel que les partis les plus avancés du parlement n’admettent pas. Elle consiste paniculièrement dans la substitution du scrutin de liste au scrutin par circonscription, dans l’abaissement à vingt et un ans de l’âge exigé pour l’électorat, dans une série de combinaisons destinées à établir le cens légal, un cens d’ailleurs assez réduit. Quel sera le résultat politique de cette réforme, qui sera nécessairement revue et corrigée par les chambres avant d’être consacrée définitivement par une loi ? C’est là une auire question. L’Italie est depuis quelques années dans une situation morale où les esprits sont singulièrement indécis, où les ministères de la gauche, qui sont arrivés successivement au pouvoir, ont moins de force par eux-mêmes que par l’affaiblissement, par la décomposition des partis modérés qui, les premiers, ont dirigé la révolution italienne.

Ce règne des partis modérés renaîtra sans doute un jour ou l’autre par le mouvement naturel de l’opinion. Il a été interrompu même avant la mort de Victor-Emmanuel. Il appartient pour le moment à cette histoire qui a eu ses épisodes, ses personnages, et que des écrivains bien inspirés reproduisent de temps à autre avec un affectueux respect pour ce passé d’hier. Il n’y a pas longtemps, un ancien ministre de l’instruction publique, M. Berti, dans un livre sur Cesare Alfieri, racontait la vie d’un de ces Piémontais de forte race qui, par le bon sens, par la solidité, par la sagesse dans les conseils, ont préparé la fortune de la maison de Savoie. C’est le marquis Alfieri de Sostegno, l’ancien serviteur de Charles-Albert, l’ancien président du sénat italien, le père du libéral sénateur d’aujourd’hui. Tout récemment M. Chiala, dans une étude publiée sous le modeste titre de Commemorazione, remettait au jour la chevaleresque figure d’Alfonso de La Marmora, qui a été la personnification la plus originale du vieil honneur au service de l’Italie nouvelle et qui va trouver en M. Massari un historien. C’est une génération qui disparaît par degrés, d’année en année, de jour en jour ; mais ello a laissé partout, dans la politique comme dans la guerre, les marques de son passage, et l’Italie ne peut oublier que c’est surtout par de tels hommes, par leur dévoûment, par leurs conseils, qu’elle est arrivée à vivre, à être une nation indépendante et respectée.

ch. de mazade.


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