Page:Revue des Deux Mondes - 1879 - tome 33.djvu/482

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ces sciences spéciales y trouve des informations précieuses et d’utiles représentations figurées. Il serait injuste à ceux qui ont tiré de cette collection beaucoup de profit d’en méconnaître ou de n’en pas proclamer les mérites.

Le service particulier qu’a rendu l’Institut de correspondance archéologique de Rome a consisté dans la bonne méthode et la bonne discipline, qualités maîtresses pour la direction des travaux en commun. Il a su instituer une enquête utile, convoquer de partout et réunir les informations diverses, recommander et pratiquer l’observation patiente et critique, sauvegarder, en durant, une organisation simple. Il est rare que les groupes ne se divisent pas après un temps : la force centrale s’accuse trop ou abdique, des secousses arrivent qui la déplacent ou la dissolvent, les élémens se trouvent détachés violemment ou attirés ailleurs, ou bien revendiquent leur autonomie. Tant qu’il verra à sa tête des hommes tels que M. Henzen, dont le caractère égale la science et le talent, et M. Helbig, dont l’activité scientifique est peu commune, l’Institut de correspondance n’aura pas à craindre.

On a pu considérer, à tort ou à raison, comme signes de sa fécondité jusqu’à ce jour les créations nouvelles qu’il a vues naître autour de lui. Déjà en 1863 le maître de l’archéologie chrétienne, M. de Rossi, avait fondé son Bulletin particulier, dont il a depuis lors poursuivi exactement la publication périodique. La commission archéologique municipale de Rome a fondé de son côté, en novembre 1872, son propre Bulletin, où elle enregistre et illustre les découvertes locales. Des cours et des conférences d’épigraphie, d’archéologie classique ou chrétienne, sont institués dans Rome, soit à l’Université, soit, par l’initiative du pape Léon XIII, au palais Spada, soit autour du savant père Bruzza. Les Allemands eux-mêmes ont ajouté aux publications ordinaires de l’Institut archéologique d’autres importans travaux. Non contens de collaborer par quelques-uns de leurs meilleurs maîtres à la publication française des mémoires et lettres de Borghesi, ils ont élevé ce monument, le Corpus, ils y ont adjoint l’Ephemeris epigraphica, ils ont fondé l’Institut de correspondance hellénique. M. Michaëlis, qui a retracé à propos du cinquantième anniversaire l’historique de l’Institut archéologique, se demande, en présence de ces résultats, si l’œuvre primitive n’est pas achevée, et si, en continuant, elle ne deviendra pas vraiment superflue. Il peut s’assurer du contraire. Le génie de l’antiquité classique a été si puissant, et notre science est, quoi qu’on fasse, si incomplète, que les musées et le sol de l’Italie recèlent encore des problèmes innombrables. Plus il y aura de travailleurs sur cette terre, plus riche sera la moisson et plus abondante la semaille pour les années suivantes.

C’est pour cela que la France, après avoir tant contribué à la fondation